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 And forget all the rest (saggory)

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Sam 16 Sep - 15:03


La dame passe, jette, sans un regard et avec une nonchalance presque automatisée, une pièce dans le caisson de la guitare, faisant relever de ses cordes, les yeux de Temoe. Non pas qu'il tienne à établir un contact visuel avec ses donateurs, au contraire, il s'en culbute complètement, mais c'est le manque de générosité qui a attiré le coin de son regard. Oh il ne juge pas leur générosité, ce n'est pas quelque chose qui se mesure apparemment, chacun fait selon ses moyens qu'on dit, mais elle, elle aurait pu se forcer le cul avec son Prada. Un demi dollar. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir foutre d'un misérable demi dollar, s'acheter une capote dans un distributeur de chiotte? Super, merci, va au diable pétasse! C'est ce qu'il aurait bien voulu lui répondre, tout en lui balançant la pièce dans le dos, mais il ne le fit pas non. Il a besoin de son public, aussi radin qu'il soit. Qui allait être intéressé à donner de l'argent à un musicien agressif sur le coin d'une rue? Bon d'accord, la vérité c'est qu'elle en avait probablement rien à carrer de sa musique, elle devait balancer une pièce à tous les mendiants qu'elle croisait dans la rue, croyant ainsi gagner son ciel. Sauf que Temoe n'est pas un mendiant non, il n'est pas vautré comme une merde crasseuse, à agiter une main maigre et tremblante dans l'espoir d'avoir assez de fric pour aller se payer sa prochaine dose ou son billet de loto. Non, Temoe il a du talent, il le sait. Il joue pour l'argent oui, mais il ne fait chier personne en le faisant. Ça ne vaut pas un peu considération, même pas un tout petit peu? Vieille bique qui empeste le Chanel.

Il se contente de pincer les lèvres, baisse les yeux sur sa guitare dans un instant d'hésitation avant de commencer à gratter la mélodie d'une chanson qu'il n'avait pas joué depuis de lustres. Cette chanson dont il n'avait pas oublié une seule note malgré la répugnance qu'elle lui influait désormais. Il ne savait même pas pourquoi il la jouait, ou alors peut-être qu'il l'avait beaucoup joué par le passé et que les gens s'y étaient habitué, peut-être que de la réentendre à nouveau ça allait leur rappeler qu'il était toujours là. Peut-être même que c'était ça le problème, qu'il soit toujours là, faisant partie du décor au point où il était encore plus invisible qu'il ne l'avait jamais été. Qu'importe.


    « If I was so lost in the darkest tunnel, I’d lit a fire to remember your eyes... » qu'il fredonne machinalement en accompagnant les accords. Il s'applique toujours quand il joue, mais ça n'empêche pas sa voix de trahir une pointe d'emmerdement, il en a marre, il fait chaud, les gens ne donnent rien.

Son regard suit le mouvement d'un homme qui passe devant lui, la présence du portefeuille dans sa poche se faisant trahir par la déformation dans le vêtement, qui devait d'ailleurs être la seule tentation qui émanait de ce pantalon. Pourquoi diable il s'entêtait encore à jouer pour des malheureux dollars alors qu'il n'avait qu'à aller faire les poches de tout ces bons citoyens?

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Dim 17 Sep - 10:56


Detroit. La ville, la jungle, sauvage et agitée. Au cœur de la foule qui se presse sur les trottoirs, sous un cagnard résiduel de fin d’été, résonne soudain un cri de détresse :
« KEVIN ! »
À contre-courant parmi les dizaines d’anonymes, une grande sauterelle se faufile, pestant, le pas pressé, trébuchant, et le bras tendu par la laisse au bout de laquelle l’entraîne, avec la force hargneuse qui sied à sa race, un yorkshire remonté comme un coucou suisse. Un nœud rouge retenant une mèche de poils stylisés en une anglaise ébouriffée s’agite fièrement au vent tandis que son propriétaire trottine en zigzag, reniflant poubelles, troncs d’arbres et mollets divers sans se soucier ni de la laisse qui s’emberlificote d’un point d’intérêt à l’autre, ni du gus qui s’échevèle à l’autre bout en essayant de suivre le rythme sans finir saucissonné.
« Kevin, putain, t’es LOURD ! » le sermonne Saggory en tentant de le ramener à lui en tirant sur la laisse, ce qui n’a pour résultat que de lui valoir un retour de volée en la forme d’un aboiement sec, suraigu et menaçant de la part de l’atrabilaire canidé.
La promenade n’a pas commencé depuis dix minutes et déjà, Saggory a trouvé au moins douze raisons pour lesquelles il n’est finalement pas fait pour le dog-sitting, parmi lesquelles, en vrac : devoir ramasser les cacas, risquer de se faire renverser par une voiture quand l’animal décide subitement de traverser la route, sans oublier qu’il a l’air bien con à promener ce truc ridicule qui s’apparente plus à un gobelin poilu qu’à un vrai chien. La treizième lui vient alors que Kevin décide subitement de faire un crochet sur la droite, s’enroule autour d’une paire de jambes passant par là et projette le bouclé sur leur propriétaire, une femme qui se met à hurler au hooligan en le tabassant avec son sac Prada. Réflexe défensif, il lève les bras. Et lâche la laisse. Panique. Fuck la connasse, le budget clopes de Saggory est en train de se faire la malle et sans un pardon, le gaillard fait de même, s’élançant dans un dramatique « KEVIIIIIIIIIIIN ! »

Dérapant dans un tournant, Saggory aperçoit enfin un nœu-nœud rouge qui frétille autour d’une poubelle. Il s’apprête à s’élancer, mais se pétrifie dans un frisson. Tout semble se taire autour de lui. Tout, sauf cette mélodie qui vient de lui faire manquer un battement de cœur. Cette mélodie qui l’accompagne, les paroles aussi orphelines que lui, depuis trois ans.
Saggory, la gorge sèche, déglutit. Il sursaute alors que retentit un concert d’aboiements et repère Kevin qui, planté comme un patron au milieu de la route, manifeste sa contrariété à une voiture qui a eu l’audace de freiner trop bruyamment afin d’éviter de le renverser. Malgré la cacophonie à laquelle se joint le conducteur qui hurle au cabot de dégager le chemin, la mélodie parvient toujours aux oreilles du gamin qui tourne successivement la tête dans la direction d’où elle provient et celle de la scène de drame, avant de se décider à s’engager vers la première. Tant pis pour les clopes. Pour le coup, la curiosité est plus addictive.

Le cœur battant, Saggory se plante finalement contre l’arrière d’un kiosque à journaux et, l’œil grand et brillant, observe, quelques mètres plus loin, les doigts qui courent sur les cordes d’une guitare. C’est lorsqu’il avise la tignasse mal coiffée qui trône sur le tout que son visage se crispe en un rictus : Enfer, un roux ! Mama Ann a toujours été formelle : ces bêtes-là n’ont pas d’âme et du temps où elle était jeune, on en a brûlé pour moins que ça. Ces sorciers doivent être évités comme la peste et Saggory, en bon petit gars, considère la fuite. Pas plus du temps de la fraction de seconde qu’il faut à son cerveau pour se faire toute cette réflexion, cependant, car déjà ses jambes le mènent vers le musicien. À chaque pas, son palpitant s’affole un peu plus. À chaque pas, il craint de se réveiller, encore une fois, si près du but, si près de savoir, enfin. Ou peut-être n’est-ce pas un rêve. Peut-être est-ce la réalité, mais Saggory hallucine. Il fait une pause, écoute, persuadé de se rendre finalement compte que les accords sont dissonants, les paroles étrangères. Pourtant, le voilà qui fredonne en chœur, presque inconsciemment, les mots qui concluent la chanson : « I’d take only you, and forget all the rest… »
C’est comme une décharge électrique dans le dos qui pousse Saggory à franchir les derniers mètres le séparant du musicien devant lequel il se plante et, ni bonjour ni merde, lui balance avec une précipitation presque agressive :
« Tu l’as entendue où c’te chanson ? C’est qui qui l’a fait ? Elle s’appelle comment ? »
Malheureusement, pour toute réponse, le gus le dévisage avec l’air d’avoir vu passer une truite. Saggory écarte les bras.
« Quoi ? » raille-t-il de son ton traînant, le toisant sous les sourcils froncés de l’impatience. « Me dis pas qu’tu sais pas ! Tu comprends ce que j’te dis au moins ? »
Peut-être que le sans-âme ne parle pas bien anglais, peut-être même qu’il pine que dalle aux paroles de la chanson, se contentant de faire bêtement le perroquet, ça expliquerait pourquoi il fait la manche. Et son air de truite. De quel pays viennent les roux, déjà ? Saggory croit se souvenir avoir un jour entendu Billy Bob dire que tous les roux viennent d’Irlande. Sauf que Saggory ne sait pas parler irlandais. Ça va être pratique.
Se mettant à gesticuler pour essayer d’illustrer ses paroles — bien que totalement au pif, lui donnant plutôt l’air de convulser — le gaillard reprend, l’articulation exagérée, la voix niaise :
« Est-ce que… toi ? » Il le pointe du doigt. « Comprendre ce que moi dire ? » Roulant des yeux face à l’éternelle absence de réaction, Saggory pousse un soupir exaspéré. « English, motherfucker, do you speak it ?! »

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― orphan memories
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Dim 17 Sep - 20:47


À vrai dire, cette chanson, elle lui lève le cœur. Et pourtant les souvenirs qui s'y jouent ne le blessent plus comme ils avaient l'habitude de le faire. Il s'en est fait une raison, de son départ, il s'est guérit à coup de journée, à coup d'autres douleurs destinées à camoufler celle de sa disparition. Temoe est solide, il en a vu d'autres, les déceptions amères c'est l'histoire de sa vie. Sa vie, qui n'aura pas changé finalement, toujours la même, jour après jour, peut-être juste un peu plus froide, un peu plus fragile. Si Jared était là, il le traiterait probablement de pauvre crétin, il lui dirait d'oublier les paroles de cette chanson, d'oublier ce petit con. Et pourtant ses doigts continuent de courir sur les cordes, n'obéissant qu'à la musique, faignant de ne pas entendre son cerveau, son cœur, qui lui gueulent d'arrêter, que la merde on ne la secoue pas, que ça ne fait que sentir encore plus mauvais. Les paroles glissent entre ses lèvres même s'il n'a pas l'impression de les entendre, robotisé, il en a marre, il joue pour l'argent, il sabote sa seule passion pour avoir quelques misérables dollars au coin d'une rue. Ce n'est pas la chanson qui lui file la gerbe, c'est lui. Lui qui se tenait là quand il avait 7 ans, lui qui se tient encore là, à 18 ans, esclave de cette vie de merde que lui a légué sa pétasse de mère. Alors tant pis si ça fait mal, tant pis si ça le dégoûte, les cordes vibres et la boite résonne, et il n'entend rien d'autre, ne voit rien d'autre.

Ou du moins jusqu'à ce qu'un zouave débarque dans son champ de vision, trop proche, trop agressivement. Temoe s'arrête, relève les yeux, sauvage, prêt à le chasser violemment de son espace, mais il se fige, le souffle s'étranglant dans ses poumons alors que pendant une seconde il a l'impression d'être en train de suffoquer. Il le fixe, con, silencieux, peut-être mort même, il n'en sait rien. La vérité, c'est qu'il n'entend pas un son, il n'entend pas un traître mot, même si ses prunelles noisettes restent pendues à ses lèvres. Il a l'air de s'impatienter, il gesticule. Temoe décroche le regard de ses palabres qu'il n'arrive toujours pas à saisir et le vrille dans le sien. Le sien. Lui. L'impossibilité de la situation l'effleure, mais il n'arrive pas à y trouver raison. Il n'a foutrement pas la moindre idée du nombre de temps qu'il passe ainsi, figé sur place, il n'a pas la moindre idée du pourquoi du comment Andy est réapparu comme ça devant lui, et il ignore totalement ce qui le sort de son mutisme, mais d'une seconde à l'autre, le son revient, la réalité reconnecte à son cerveau, l'odeur de la ville, le klaxon des taxis impatients... Lui, le frisé, ce connard, cette putain de poule de fantaisie qui caquette sous son nez, comme s'il n'était pas disparu depuis 3 ans, comme s'il n'avait pas explosé son univers en le faisant. Impardonnable, mais compréhensible s'il était mort, car ce n'était pas de sa faute. Sauf que mort, il ne l'était visiblement pas, et ça changeait tout.

« PUTAIN D'ENFOIRÉ!! » Quelques micro secondes. La voix claque, le corps d'élance et son poing s'écrase sur le nez de l'effronté.  À nouveau, le silence revient, il s’aveugle, mais de rage cette fois. Il ne calcule plus ses gestes, il frappe ce qu'il parvient à frapper. « T'ES VRAIMENT QU'UN PUTAIN D'ENCULÉ, T'AS PAS LE DROIT DE REVENIR COMME ÇA !! »

Ça fait mal, il la sent cette douleur, mais il ne comprend pas d'où elle vient. Est-ce que c'est lui qui a commencé à lui rendre ses coups, ou ce sont ses tripes qui se déchirent? Ou c'est son cœur qui menace d'exploser? Il pense à lui, il pense à Jody. Qu'est-ce que Jody fera quand il le saura? Il ne pourra pas le supporter. Ou il le sait déjà, et ils se sont bien foutu de sa gueule.

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Dernière édition par Temoe Makoa le Sam 30 Sep - 9:51, édité 1 fois
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Mer 20 Sep - 9:44


Qui aurait cru qu’un air de truite, c’est contagieux ? Pourtant, à voir la tronche que Saggory arbore, bouche et yeux ronds, les deux mains sur le nez, oubliant carrément de geindre de douleur tant il se retrouve sur le cul de ce poing qu’il n’avait absolument pas vu venir s’écraser dans son pif, il y a de quoi déposer une nouvelle théorie. Dans sa tête, c’est le bordel. Évidemment, le premier truc auquel il a pensé, c’est un sobre aïe avec peut-être un putain de bordel de QUOI ? qui se ballade par-là, mais vous savez quand il se passe tellement de choses à la fois que les pensées se bousculent ? Voilà, pendant que Saggory se fait klaxonner et taper dessus dans ce qui lui semble être la gratuité la plus pure, dans sa tête, ça donne à peu près ça : aïe mais putain mais il est je vais mais quoi ça fait mal bordel fou ce roux je vais le qu’est-ce que j’ai complètement fou dit je posais juste aïe merde une question taré aïe au bûcher je vais lui putain en revanche aïe il parle anglais en fait mais je vais le
Bim. La colère prenant enfin le pas sur la stupeur, Saggory a déplié les bras qu’il avait levés contre son corps recroquevillé pour se protéger des coups, et se mettre à les rendre, en commençant par viser le nez du démon, parce qu’on connait la chanson : œil pour œil, nez pour nez, et tout ce qui s’ensuit. Grognant comme un enragé, Saggory martèle tout ce qui peut lui tomber sous le poing — peut-être aussi parfois le pied — en essayant de repousser le forcené.
« Mais t’es complètement malade, dude ! » lui postillonne-t-il dessus en parvenant finalement à l’écarter assez pour reprendre un instant son souffle, saccadé et sifflant, la douleur se manifestant plus vivement l’espace de ce temps de pause.
Cependant, par-delà la douleur, Saggory sent une démangeaison désagréable dans ses articulations : l’envie délirante de se jeter à nouveau sur le rouquin pour lui apprendre le respect. Quelque chose, pourtant, le retient. Quelque chose, se dit-il, qui n’a rien à voir avec le fait que le fou furieux est bien plus baraqué que lui et pourrait certainement lui couper l’air rien qu’en lui faisant un gros câlin. C’est sûrement la charité, oui, qui retient Saggory : le pauvre diable n’a pas d’âme après tout, comment peut-il avoir seulement conscience de sa connerie ?
Par précaution, néanmoins, le gaillard prend un ou deux — ou trois — pas en arrière pour remettre de la distance entre lui et le musicien mal luné.
« C’est quoi ton problème ? le hue-t-il à nouveau. On a pas l’droit de t’adresser la parole avant de t’avoir donné une pièce, c’est ça ? »

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― orphan memories
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Sam 30 Sep - 10:47


Temoe aurait pu continuer comme ça pendant des heures s'il avait pu, il aurait continué de frapper jusqu'à s'en défoncer les jointures, si le gars devant lui n'était pas réel et n'avait pas décidé de lui rendre la monnaie de sa pièce. Si la douleur n'était pas si vive, et qu'elle ne l'empêchait pas d'y voir clair, ou de frapper juste. Et pourtant ce n'était pas ça qui le retenait, pas la douleur du poing qu'on lui rendit sur le nez, pas la douleur des coups qui fusèrent en écho aux siens, non, c'était celle qui ne se soigne pas, cette douleur tellement abstraite que personne ne serait capable d'y mettre un mot ou une image. Celle d'un cœur qui éclate, d'un monde qui s'écroule, comme si quelqu'un venait de mettre sa vie sur rewing et qu'il revivait à l'envers ce qu'il avait vécu il y a trois ans, quand il avait du accepter que Andy était mort et qu'il ne reviendrait pas. Les morts doivent rester mort, ils ne réapparaissent pas devant vous par hasard, c'est contre l'ordre des choses. Et outre la trahison, outre l'impression d'avoir été floué, l'impression d'avoir été tellement con, con d'y avoir cru, con d'avoir aimé, con d'avoir pleuré, il y a lui, lui qui semble ne pas en avoir un clou à cogner. Lui, qui se tient là, éberlué, offusqué. Comme si sa réaction n'était pas normale, comme s'il s'attendait à autre chose. Est-ce qu'il était à ce point stupide ou il s'en fichait juste complètement? Temoe le laissa reprendre une distance, retombant son agressivité qui laissa place au désarrois face à ses mots, face à son regard, alors qu'il l'accusait d'être complètement malade, comme si sa douleur n'était pas légitime, comme si le frapper n'était pas la seule réaction justifiable qu'il aurait pu avoir. Ce manque de compréhension qui le laissa seul face à l'évidence que sa souffrance, il ne la vivait pas, il ne la reconnaissait pas, et ne la partageait certainement pas. Quel connard. Il ne pouvait pas y croire, il ne pouvait pas croire s'être laissé berner, lui qui pourtant, connaissait si bien l'étendu du crétinisme humain.

Le comble c'est quand il enchaîna, quand il osa lui demander c'était quoi son problème, laissant Temoe estomaqué au point qu'il ne se voyait même pas lui répondre, au point où il eu soudainement envie de tourner les talons, de faire comme lui, de faire comme s'il en avait rien à chier, comme s'il ne s'était jamais rien passé. Sauf que Temoe n'est pas de ce genre. Il l'était peut-être avant, oui. Il y a quelques années, il aurait fuit sans demander son reste, il aurait déserté les lieux avec crainte et lâcheté, mais ce n'était plus vrai désormais. Il en avait marre d'être la victime, marre d'être celui qui écope, d'être celui qu'on sacrifie. Le problème étant qu'il ne sais pas quoi lui répondre, ou plutôt, il ne sait pas comment lui répondre, car les injures qu'il souhaiterait lui débouler, il les connait très bien. À nouveau il se sent couler dans cet état catatonique, à nouveau il a l'impression que le monde s'éteint autour de lui, que les bruits s'estompent et qu'il restera planté là, pitoyablement. Sauf que cette fois, il s'y refuse, s'agrippe in extremis à la réalité, écarte les bras en l'assassinant du regard.

« Mais tu t'attendais à quoi?! » qu'il lui crache sous un air de violente évidence. Parce que franchement, qu'est ce qu'il croyait? Qu'il allait lui demander ses photos de voyage? « Je peux pas croire que t'as le cul de me demander ça! »

Il fait un pas vers lui, retenu entre l'envie de s'écrouler au sol et celle de se jeter à nouveau sur lui pour l'étrangler.

« Tu veux savoir c'est quoi mon problème, Andy? » Sa voix s'étrangle légèrement. Son problème c'est lui, son problème c'est qu'il a envie de pleurer, c'est qu'il a envie de crever, tellement de fois, il en a eu envie. Sauf que ce serait trop facile, ce serait lui donner raison, ce serait leur céder la victoire, à lui, à sa mère, à tous ces gens indifférents qui ont croisé son chemin, à tous ceux qui l'ont regardé de haut ou qui l'ont traité d'idiot, de pauvre, de merdeux. Sauf qu'il ne va pas lui hurler que c'est lui, il ne va pas répondre ça, car ce serait ce que tout le monde répondrait, c'est toujours la faute des autres, alors qu'au fond, c'est toujours un peu la notre. Il marque un temps, puis son cœur se remet à battre, brisé, mais plus libéré. « Si tu sais pas c'est quoi mon problème, c'est que tu mérites pas de le savoir. »

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