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 Soulstorm. (Jehan)

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Dim 17 Sep - 18:26



Soulstorm
Jehan & Lilian

Personne ne s’aventure jamais dans Delray, et surtout pas une fois que la nuit installe ses ombres inquiétantes au coin des rues. On raconte des choses horribles sur ceux qui peuplent les rues crasses et l’odeur qui y règne ne dément rien des atrocités qui s’y déroulent. La puanteur, un mélange des rejets des usines alentours, de remontées égouts, des reflux pollués de Rivière Rouge, et d’autres fragrances affreuses, prend à la gorge et retourne l’estomac. Le Uber n’a pas voulu aller plus loin que Dearborn Street, un peu après le pont de l’Interstate 75. C’est les mains engoncées dans les poches qu’elle s’enfonce dans le quartier, vide de monde. De temps à autre, elle perçoit au loin un claquement de porte ou des échos de voix venant des rares maisons encore habitées. Elle n’y prête aucune attention, bifurque sur Jefferson Avenue pour rejoindre le Duke, un bouge miteux à l’angle de Jefferson Avenue et West End Street. Coincé entre deux terrains vagues défoncés et un bâtiment abritant des squatteurs, le Duke n’a de bar que le nom. Sa façade miteuse et ses piliers de comptoir feraient mentir n’importe qui tentant de prétendre que c’est un endroit convivial. Du reste, personne n’ose prétendre que c’est un endroit convivial. Quand elle pousse la porte, quelques gars attablés lui accordent une longue œillade torve avant de se concentrer à nouveau sur le fond de leur verre. Lilian n’y prêt plus attention depuis bien longtemps. D’un bref hochement de tête, elle salue Kurt, le barman puis s’enfonce dans un couloir, pousse une porte sans accorder aucune attention au petit panneau ENTREE INTERDITE. Personne n’ignore ce qu’il se passe dans la cave du Duke. La première fois qu’elle y a mis les pieds, un type a tenté, vainement, de lui faire passer l’envie de revenir. Elle l’a cogné plus fort. Depuis, ils se croisent parfois, s’accordent même un regard, et lorsqu’il sourit, il dévoile depuis une mâchoire sans dents. Habituée, elle passe d’abord voir Tommy, qui gère les paris avant d’inscrire son nom dans un petit cahier. L’odeur est irrespirable, ici, un mélange de sueur rance, de sang, de vomi et d’alcool. On hurle des encouragements et de douleur. Déjà, l’adrénaline fuse dans ses veines et sature bientôt son organisme. Et Lilian attend son tour non sans impatience, un sale rictus taillé dans le visage et une attitude nonchalante travaillée.


Plus tard, quand elle sort, elle boite légèrement, son épaule est probablement démise et chaque respiration lui tire une grimace douloureuse, chaque expiration aussi d’ailleurs. Si elle soulève sa chemise, elle découvrira sa peau marbrée d’ecchymoses violacées. Le corps rompu et l’âme apaisée, Lil compte rapidement la liasse de billets que lui a remis Tommy, sa part pour la soirée et ses gains gagnés. Elle a dérouillé. Mais elle a gagné. L’ivresse crasse la prend toute entière et quand elle allume sa clope, l’un de ses rares sourires sincères s’épanouit sur ses lippes ; il s’accentue, espiègle, quand elle s’imagine raconter demain à son partenaire pourquoi elle se retrouve dans cet état. Encore transportée par la folie de la soirée, elle s’adosse contre le mur, profite de la fraicheur nocturne. Elle va y retourner, c’est sûr. Elle en veut encore.

Les cris l’interpellent. D’abord, son attention ne s’y accroche pas. Probablement deux soulards qui se disputent un fond de bière. Mais bientôt, son instinct lui souffle que ce n’est pas normal, du moins pas habituel, ça vient de derrière le Duke. Alors, elle s’approche pour découvrir trois gaillards qui tabassent une petite silhouette prostrée sur le sol. Bientôt, celle-ci arrête même de gémir. Et comme ça ne la concerne pas, Lilian s’apprête à faire demi-tour. C’est là qu’elle l’entraperçoit. Cette poussière qu’elle ne connait que trop bien, puis l’ombre familière des monstres qui accompagnent ceux de sa race. Un IBM. Ses billes balaient rapidement la scène et elle se dissimule dans un renfoncement quand les trois connards tentent de fuir.
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Lun 18 Sep - 18:41


Un battement de coeur en moins, mais une excitation dans les tripes. Jehan dévisage les faciès qui se fracassent, les carcasses qui s'écroulent  ; les bêtes sont enragées, ce soir. Plus fortes, pour certaines, mais plus tenaces pour d'autres. Elles capturent, à coup de poing et rage au coeur, le souffle de l'étrange pour quelques secondes, avant de le lui rendre, les jambes un peu molles, un noeud dans les tripes, un confort dans les veines. Jehan sourit ; pas comme un ange, ce soir. Jehan sourit d'une manière sombre, presque amusée, tandis que ses prunelles, jamais, ne quittent les clebs qui combattent pour la somme gagée. Un frisson certain traverse son échine à imaginer Mose au coeur du combat, du sang sur l'arcade sourcilière, un cri du coeur dans la gorge, les jointures craquées par les coups. Un souvenir d'autrefois ; Mose dit avoir calmé sa colère, maintenant. Mais qui sait ; peut-être reviendra-t-il bientôt, pour Jehan, pour eux, pour quelques billets et, au final, une baise aux caresses carmins. Le rictus croît, sur les lippes de l'immortel, une seconde, avant qu'il ne décide de quitter l'endroit. Il a suffisamment vu ; sa curiosité est comblée pour la soirée, et son ventre ne gronde plus. Jehan monte les escaliers avec lenteur, traverse les quelques clients du Duck, percutant l'un d'eux d'un coup d'épaule, sans y porter attention, avant de quitter le bar.
Et forcément, ouvrir soûlard obligeant, ledit percuté pense bon de le suivre, à l'extérieur. Jehan l'ignore, les premières secondes.
- Hé, p'tit con, fait la voix engourdie par l'alcool. Le Jack Daniels, surement, car les ouvriers graisseux aiment le Jack Daniels.
Marr continue d'avancer, le pas lent, déjà exaspéré. Il lève les yeux au ciel, écoeuré, lorsqu'une paluche graisseux se pose contre le tissu de son gilet, le tâchant avec certitude. La bouche s'ouvre, les insultes sur le bout de la langue, et s'il se tourne avec assurance, il ne prévoit pas le coup de poing qui, lâche, s'écrase aussitôt au creux de son ventre. Le corps se plie en deux, le souffle meurt, et avant qu'il ne revienne, d'autres coups surviennent. Il lui faut quelques secondes pour comprendre qu'ils sont plusieurs, et que le grassouillet, fort confiant, a ramené des copains.
À croire que Jehan, il n'a pas eu le mémo, à propos de la fête surprise. Oh, mais qu'importe. Les surprises, elles lui déplaisent souvent, mais il s'en amuse tout de même.
Alors, inerte, le corps douloureux par les coups, le souffle se coupant de plus en plus, Jehan laisse naître entre ses lippes un ricanement bas. Les hommes le l'entendent certainement pas, trop occupés à balancer des insultes fortement charmantes, mais comme eux, l'ajin n'y porte pas réellement attention. Il rit, bas, creux, l'esprit un peu détruit, l'esprit déconstruit depuis quelques années, déjà, et attend.
Il attend qu'ils soient satisfaits; qu'ils se sentent victorieux, avec leurs insultes et leurs coups, ces pauvres idiots illettrés, avant de leur répondre.
Pour les voir ; les voir figer, bleus de peur, et perdre leur fierté aussi rapidement qu'ils pisseront dans leur froc.
Jehan attend, un noeud dans les tripes, crée par l'excitation. Il la sent ; la Mort, qui s'approche. Il la sent, l'effleure, l'effleure du bout des doigts, et la capture soudain à s'en blanchir les jointures, l'agrippe si fort qu'il pourrait l'étranger, la Mort, et la tient, fort, fort, fort.
Il l'enlace de toutes ses forces pendant dix-sept secondes, avant qu'elle ne se libère, comme toujours, pour le balancer dans les bras de la Vie. À croire qu'elle ne l'apprécie pas. Jehan se dit, avec les années, avec les fois nombreuses, qu'il pourrait presque en être insulté, voire blessé. Mais à quoi bon ?

Le bleu rencontre le noir, lorsque Jehan ouvre les yeux. Nehaj se forme déjà, doucement, le corps long et mince, la carcasse presque fragile, presque cassante. Jehan sait que la chose est toute autre. Et les hommes, malgré les yeux inadaptés à voir la bête pendant les premières secondes, le comprennent également. Il voit, l'immortel, les pupilles qui s'affolent, tandis que ses lèvres se tordent dans un sourire d'extase. Il dévisage, le visage encore écrasé contre le bitume, les pauvres hommes qui tentent, optimistes, de fuir la Mort. Il se nourrit, les vêtements poussièreux, des brèves images que Nahej lui apportent, tandis qu'il lacère chairs et vêtements, dans une colère presque bestiale, avant de devenir paisible, lorsque les hurlements cessent. Puis, captant un bruit, peut-être, l'IBM tourne sa tête squelettique en direction d'un renforcement, amorçant un pas.
- Cache - c-c-c-cache, une voix creuse dit. Nehaj avance encore, la tête se penchant sur le côté, curieux. Et répète encore. Cache-cache.
L'étrange a les sourcils froncés, le corps appuyé sur ses mains, se redressant. Quelqu'un ; quelqu'un est là. L'oeil reste posé sur l'IBM, un moment, tandis qu'il avance. Pourquoi n'attaque-t-il pas ? Il reste inerte, qu'importe les pensées de Jehan, les mots pris dans la gorge, dits encore et encore, comme une chansonnette pour enfant. Marr avance, un pas, puis deux.
Puis, parle ;
- Qui est là ? qu'il dit, et se surprend par l'état de sa voix. Il racle sa gorge, une fois, puis deux, avant d'avancer encore. Un autre pas, encore.
Un autre pas, le dernier, et il la voit. Jehan dévisage, sans bruits, sans mots, l'oeil sombre, malgré le bleu qui s'y trouve, le sang séché sur les vêtements et la peau aussi, évidemment. Il dévisage la femme, tandis que Nahej, toujours proche, chatonne encore.
- C-c-c-cach--sssss-che.

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Lun 18 Sep - 18:41


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Mar 19 Sep - 11:37


Il est mort. Elle pose un regard froid sur la silhouette immobile tandis que les trois autres s’éloignent, sans probablement réaliser ce qu’ils viennent de commettre. De sa planque, elle voit correctement la scène sans qu’on ne puisse la repérer sans venir la chercher dans son coin d’ombre. Son souffle se bloque dans sa gorge, elle arrête même de respirer un bref instant quand ses pupilles distinguent malgré l’obscurité ambiante, ces fines particules noires s’échappant du corps vers le ciel. Un ajin… Un sombre sourire lui tord le visage tandis qu’elle observe les particules composer un IBM des plus étranges : grand, long, filiforme. Dans le sang lui passe l’excitation, Lilian se redresse. Elle est prête, ses instincts taillés par l’habitude. Si le gamin est encore au sol, le fantôme lui s’élance. En un instant, c’est réglé. Les trois corps s’effondrent lourdement, une expression d’horreur figée sur leur visage. Le silence, après ça, est presque percutant. Personne dans le quartier, à supposer qu’on a entendu les cris des trois connards, n’ira vérifier de qui il s’agit avant que le jour ne soit bien installé sur Detroit. Et quand on trouvera les corps, on accusera probablement les ravageurs. C’est leur territoire, après tout.
Le corps tendu, le visage imperméable, elle reste coite tandis que l’IBM de l’autre se tourne dans sa direction comme de l’observer et lâche de sa voix métallique quelques syllabes trainantes. Le système saturé par l’adrénaline, elle se prépare à encaisser le choc, savourer la douleur aussi brève que merveilleuse et électrisante. Elle attend le grand frisson. Elle se prépare à éteindre une vie de plus. Rien. L’autre se contente de l’observer et de répéter stupidement les mêmes mots. Et voilà l’autre s’approche, méfiant. « Qui est là ? » Un juron manque de passer les lèvres, elle grogne finalement et sort de sa cachette, les mains en évidence comme un acte de bonne foi. « J’suis là. J’te veux aucun mal, OK ? » Sa dégaine n’est pas pour jouer en sa faveur, bien sûr, puisqu’elle boite toujours, son épaule la tire et autour de son œil s’épanouit une jolie ecchymose bleuâtre. « J’me suis… Désolée, j’me suis juste planquée là. » Une moue penaude sur le visage, Lilian balaie le terrain vague d’un coup d’œil. A deux pas, peut-être trois, à côté du cadavre de l’un des gars, il y a ce qu’il lui faut, un tesson de bouteille, assez écharpé pour s’en faire une arme correcte. Alors elle minaude, se déplace lentement. « Tu… tu vas bien ? » et fait la conversation pour lui occuper l’esprit et bientôt, elle n’aura qu’à se laisser tomber pour attraper l’arme de fortune.

Le hurlement inhumain la détourne de son projet et vivement elle se retourne. Si elle en a déjà croisé, c’est comme si elle oubliait chaque fois la monstruosité des goules osseuses. Trois sont en approches, elle en distingue d’autres sur sa droite.  « J’espère que tu pourras encore faire ton tour de passe-passe. Je sais pas ce que c’était, mais c’était efficace. » Elle ment encore, juste un peu.

La première attaque évitée de justesse, Liliane s’empare du bout de verre et se tranche la carotide, un petit cri d’extase qui lui passe se faisant les lèvres alors qu’elle s’effondre au sol. Immédiatement, elle rouvre les yeux, se dérobe de la seconde attaque et déjà son entrainement guerrier et ses réflexes mortels prennent le dessus. Le bout de verre entaille la chair de la première goule, de la poitrine au fond de la gorge. Frankie, déjà, s’est occupée des deux autres. Il semble que l’autre a réussi fait son affaire des goules osseuses de son côté. Alors elle compte, un, deux, trois, et se déplace avec méthode. Si elle ne peut plus compter sur l’effet de surprise, Lilian a une entière confiance en ses capacités et son entrainement. On l’a formée à ça, après tout, on l’a façonné de la plus brutale des façons à son travail. Traquer ses pairs. C’est ce qu’elle fait de mieux. C’est tout ce qu’elle sait faire.  « A ta place, je tenterais même pas… Tu fais pas le poids. ». Grisée par l’affrontement, l’organisme gorgé d’épinéphrine, Lilian se tient droite et prête. Mentalement, elle se concentre sur sa respiration calme et régulière et les battements constants de son palpitant et le calme organisé de ses pensées. Seule la lueur au fond de ses billes trahit son appétit pour la violence à venir.
Frankie, comme déconnectée de l’instant maintenant que le combat s’est passé, tourne mollement son immense tête pyramidale vers le gamin et son IBM rachitique. « Pas… le … poids… » elle fait de son ton trainant.

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« Oh death, will you spare me over and ever ?  How you are treating me  You've closed my eyes so I can see and you hurt my body and made me cold. You run my life but I have no soul.».


Dernière édition par Lilian Wolf le Mer 20 Sep - 17:29, édité 1 fois
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Mar 19 Sep - 11:37


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Ven 22 Sep - 20:58


Il y a quelque chose, chez elle. Jehan la dévisage sans un bruit, sans mouvements. Il ne nourrit de ses gestes, de ses déplacements. À chaque seconde, la pupille bouge, croît, puis diminue, pour suivre chaque geste, chaque écho de ses moves. Jehan, lui, ne bouge pas. C'est Nahej qui amorce les mouvements, grande carcasse sans os semble-t-elle, à la manière dont il se penche affolement vers elle, pour la dévisager de ses yeux inexistant. L'oeil regarde posé sur les traits de la rousse, l'oreille capture les mots, mais ne les garde pas prisonnier. Les sourcils sont froncés et la mâchoire, serrée ; le corps est tendu, encore engourdi par la dernière mort, presque chaleureux. Ça fait un noeud, dans ses tripes ; un lourd et pénible noeud, pourtant si tendre. Il aimerait prendre une seconde, comme à chaque fois, pour profiter de la sensation qui fourmille dans le moindre recoin de son corps, mais la présence de l'étrangère l'en empêche. Que fait-elle là ? Qu'a-t-elle vu ? Elle se confond en excuse et Jehan reste stoïque quelques secondes, avant que le masque ne prenne place sur ses traits monstrueusement ternes; le sourire d'enfant naquit, et les yeux brillent un peu d'un feu sans la moindre flamme.
Tout est vide, dans la chaleur de ses traits.
- Je faisais le mort, tu sais ? et il rigole, menteur comme un arracheur de dent, car ses vêtements sont pleins de sang, car des dents reposent sur la chaussée mais qu'il les a toutes encore, dans la bouche, et que des hommes gisent mort, sans vie, éventrés pour certain, alors qu'il n'a fait aucun mouvement. Tout va bien.
Et il sourit, comme un ange, comme un saint, alors que rien n'est sain chez lui, alors que les yeux sont prédateurs posés sur elle, alors qu'il calcule, réfléchit, se demande ce qu'il va faire.
Trois corps à enterrer, à jeter dans Detroit River, au choix. Un corps de plus ou de moins, Nahej ne voit pas la différence, niveau poids. Jehan plisse un peu plus des yeux, l'idée faite, la décision prise, et amorce un pas, son premier pas, lorsque le bruit, grotesque, d'outre tombe, gronde dans la nuit.
Il détourne son regard et les voit ; les osseux. Anastase lui a souvent dit de ne pas s'en approcher ; heureusement, Jehan n'a jamais réellement écouté son père.
Nahej gronde déjà, comme un ricanement. Un bruit creux qui reste pris dans sa gorge, retenue par les lèvres scellées de la créature. Jehan peut le sentir trembler d'impatience, les griffes qui dansent dans l'air, qui attendent de concentrer de nouveau la chair. Il ne prend la peine d'écouter les paroles de la belle, ni de lui porter attention, Jehan dévisage, observe déjà avec un semblant d'extase sa merveilleuse créature qui va et valse, qui danse et se fond dans la masse. Lui-même, curieux, nerveux par l'émotion, enfouit sa main dans l'une de ses poches et joue avec le manche de son canif, avant de le sortir.
S'il jette un coup d'oeil à la femme et aperçoit une ombre gigantesque, Jehan ne s'en surprend pas. Il avait pensé à cet éventualité, une demie-seconde, et n'a pas le temps de s'y attarder. L'étrange garde l'information en tête, pour l'instant futur, avant de s'approcher également. Le choc fait écho dans son bras tout entier, violentant ses nerfs, alors que la lame traverse la tête du dernier osseux. Il lui fait se reprendre à trois reprises pour en retirer son arme, un pied posé contre le faciès de la goule décomposée. Une grimace plane sur ses lèvres, tandis qu'il lorgne les saletés sanglantes qui collent à sa semelle.
Ses chaussures, elles étaient neuves.
La voix impérieuse de la belle capte son attention, et brise sa tristesse artificielle ; Jehan tourne les yeux vers elle, puis dévisage l'arme, entre ses doigts. Il hausse d'un sourcil, peu impressionné.
- Et toi ? Tu fais le poids ? qu'il dit doucement, dans un murmure, penchant la tête sur le côté, tandis que Nahej reprend place, à côté de lui. La bête s'étire de son long, paresseusement, les bras au dessus de la tête, prête pour l'entrainement. Un peu grosse, en effet. Plus que moi, en tous cas.
L'IBM de la femme fait l'écho de ses paroles, la tête dans leur direction. Jehan lui adresse un regard, intrigué par sa forme ; rare est l'occasion pour en voir d'autre que le sien.
- Grosse.... vache.... que fait la somptueuse créature, de sa voix cassée, si traînante. Jehan aboie d'un rire de hyène, une seconde, avant de sourire à pleines dents.
Déjà, il sent la douleur.
Déjà, il sent la mort.
Il sent des dizaines, des centaines, des milliers de mort.
Enfin, il voit un peu d'amusement.
Car si les autres peuvent le tuer un millier de fois, Jehan ne peut les tuer qu'une fois. Déception dans son coeur d'enfant. Alors il s'amuse, souvent, trop souvent, à les imaginer mourir dans sa tête, de milliers de situations, de milliers de douleurs, pour tout, et pour rien. Mais ce soir, cette nuit. Oh, ce soir, et cette nuit, il peut jouer.
Il peut profiter, Jehan, et simplement à y penser, simplement à y faire face, son corps entier tremble d'extase.
Contre le manche de son couteau, l'immortel serre ses doigts, les jointures blanches comme neige, au contraire de son être. Il inspire une seconde, en expire trois, et s'élance, lame entre les doigts.

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Ven 6 Oct - 18:18


Elle s’est redressée, regarde le gamin. Dans sa poitrine, le myocarde s’agite et lui fait passer dans le sang l’envie de violence, pulse dans les veines l’épinéphrine qui bientôt remplace presque l’hémoglobine. Lentement, méthodiquement, elle compte, comme toujours. Par-dessus tout, avant le choc et les coups, Lilian aime ce moment où dans son esprit défilent platement, organisées et silencieuses, ses pensées. Puis, enfin, il se met en mouvement. Un sale rictus balafre le visage de Lilian tandis qu’il s’approche. Elle compte, mentalement, les pas, les souffles et comme un mécanisme trop bien huilé, se met à son tour en branle. Elle s’amuse, même, à éviter presque trop facilement les tentatives du gamin. Il sait se battre, de ça, elle en est sûre. Elle a juste plus l’habitude que lui, de ça elle en est certaine. Alors, quand lassée au bout de quelques minutes, elle se met en mouvement, le meurtre au bout des doigts, elle impose une cadence plus soutenue.

Chaque fibre de son corps se souvient, marquées comme au fer rouge, des heures et des heures d’entrainement au sein du DRA, des gestes à exécuter, encore, et encore, et encore, jusqu’à la perfection. Il sait se battre, oui. Mais ce n’est jamais suffisant face à l’endurance guerrière de Lilian. Alors elle s’amuse bien sûr, l’épuise, le titille. Ils partagent la même faim de sang, de violence et de douleur, et c’est à celui qui l’emportera sur l’autre. Rapidement, pourtant, elle entre dans sa garde pourtant correcte, du tranchant de la main percute le plexus solaire, de l’autre le désarme et le menace même avec son propre coutelas, tandis que le bout de verre vise les reins. Frankie de son côté, s’est rapidement occupée de l’autre IBM. Des heures d’entrainement pour un mécanisme parfaitement rodé : bloquer les gestes de l’IBM adverse, ne pas chercher l’affront direct, au risque de perdre, de se volatiliser. Une clef de bras immobilise la silhouette longiligne au sol, et elle peut se débattre comme elle veut, Frankie tient bon. « Et maintenant, tu fais quoi ? elle chuinte, le timbre sombre. » Les épaules se soulèvent et s’affaissent de concert, leur souffle court se mêle, d’ici elle distingue même la veine qui palpite dans le cou du gamin. Alors Lil s’offre même le luxe d’un sourire provocateur. Quoi qu’il tente, il se blesse fatalement et il doit l’avoir deviné maintenant : elle sera plus rapide. « Tu sais t’battre,  elle reconnait volontiers. Tu f’sais juste pas le poids. Allez, tout doux, gamin et c’pas la peine de me regarder comme ça (il lui envoie un regard noir de colère, qu’elle lui rend avec les intérêts en arrogance).» Tout son corps réagit à la provocation, bien sûr, et l’entaille se creuse encore plus dans le visage de Lilian. Elle savoure sa victoire, même si facile.

Ca la prend toute entière, depuis les tripes jusqu’à la nuque, des épaules aux tempes. L’espace d’une fraction de seconde, un flot d’émotions brutes, denses, vives et douloureuses la percutent de plein fouet. Un flot d’émotions familières. Où se greffent des souvenirs qui ne sont pas les siens, des visages, des mots, des sensations.

Ca la laisse foutue et pantelante. Figée.

Un moment qui dure plusieurs minutes, elle reste immobile, incapable de bouger, seulement de frissonner, puis de trembler. C’est là qu’elle gerbe. Elle a lâché le gamin sans s’en rendre compte, et il pourrait partir qu’elle ne se presserait pas pour lui courir après. Lorsqu’elle relève les yeux, ses billes se confrontent au lapis-lazuli du garçon. Elle y découvre la même stupeur. Un regard oblique lui apprend que Frankie a disparu, l’autre IBM aussi.

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Sam 14 Oct - 21:07


Une seconde, il se bat. La suivante, il est au sol. Jehan serre les dents, et soupire, simplement, sans trop laisser l'air quitter ses poumons. Il se doutait ; à voir ses mouvements, à voir la danse de son combat, il se doutait de la fin de cette bataille. Mais abandonner ? Non. Ses combats sont moindres, voire presque absents, mais Jehan n'est pas du genre à les laisser filer entre ses doigts sans combattre totalement, une fois le premier pas fait. Il n'abandonne pas. Ses causes sont certes presque absentes, mais elles restent vivantes, aussi légères et idiotes soient-elles. Lèvres pincées, regard noir, il dévisage le bitume et se prend les paroles de la belle rousse sans dire un mot. Contre sa langue, un goût de fer ; il s'est mordu. Par inattention ou alors par rage, il ne saurait dire. Le monstre reste présent, dans ses veines, doucement percé par un apaisement certain. Jehan aime jouer, et elle lui offre un jeu intéressant. Un jeu captivant qui, contrairement à plusieurs, dure plus de quelques secondes. Il s'éternise dans une agonie presque douce, et si une lame s'enfonce tendrement dans sa chair, le Marr se permet pourtant un sourire vorace qu'il ne cache pas. Il profite de la chose. De cette impression. Momo se plait à lui dire qu'il est obsédé par la soumission forcée, et peut-être a-t-il raison. Jehan n'a rien contre un peu de contrôle sur sa personne. Il apprécie toute personne sachant le remettre à sa place, les crocs sorties et les muscles tendus. Et la rousse, d'une certaine manière, parvient à le faire.
Elle gagne sans le savoir quelques miettes de respect venant de l'immortel, qu'importe si la chose ne fait aucune différence. De toute manière, Jehan n'ira certainement pas lui dire qu'il la respecte. Il n'est pas porteur de bonnes paroles, qu'importe leur origine. Les jolis mots sortant de ses lèvres sont souvent peu présents, et précieux.
Dans le noir colère de ses iris, une lueur furtive. Les lippes de Jehan se tordent dans une grimace souriante alors que derrière, Nehaj s'élance, suicidaire comme sa moitié, pour fracasser son crane contre celui de l'autre IBM qui lui retient les bras avec trop de puissance. Aucun bruit n'éclate face au geste brusque, mais une onde de choc le traverse pourtant de la tête au pied. Les yeux se ferment et à l'intérieur de sa carcasse, il lui semble que chacun de ses nerfs est atteint. L'inconfort du choc lui est semblable à celui d'un coude rencontrant le poids d'un meuble avec trop de puissance.
Mais le pire, le vague la plus puissante reste celle qui le prend par les tripes, s'attarde sur son coeur et serre sa gorge. Jehan n'aime pas les sentiments ; il essaie de les oublier, le plus souvent. Car ils sont souvent trop puissants pour lui, et difficile à saisir totalement. Mais ceux-ci, dès qu'ils le percutent, n'ont rien de flous. Ils lui apportent les pires de ses maux en portant pourtant les habits d'un autre. L'écho de sa personne qui ne lui appartient pas, pourtant. Un sentiment d'obligation, de résignation. Une colère aveugle et une soif de mort - surtout sa propre mort - mêlé à une solitude qui étouffe mais qu'il ne cache pas. Puis, le coup de grâce ; le manque. Le manque de son monde, de ses gens. Le vide creux, allant jusqu'aux abysses de son être, qu'à laisser l'absence de sa famille à sa vie.
Jehan ferme les yeux, fort, mais ne parvient pas à expirer ou inspire. L'air est pris dans ses poumons et le CO2 l'étouffe, un moment. La joue écrasée contre le bitume, il est traversé par des secousses brusques de souffles incomplets qui frôlent la panique durant un temps qu'il ne peut compter. Et lorsque les yeux s'ouvrent enfin, perdu, grands ouverts, ceux-ci tombent sur un regard qui fait écho. Qui fait écho comme ses propres sentiments ; le regard de la rousse.
- Ljiljana, qu'il souffle, sans savoir d'où lui vient le prénom, sans comprendre ce flot qui, encore, lui torture les tripes. Les yeux se ferment et un geint quitte les lèvres, tandis qu Jehan essaie de prendre appui sur ses mains pour se redresser. Les forces lui manquent ; le corps est ankylosé par les effets résiduels du choc. C'est lorsqu'il renifle un coup, puis deux, que le garçon se rend compte de l'humidité de ses traits.
Il pleure.
Il pleure, bordel.
La réalisation vient avec un rire incontrôlable qui prend place au creux de son ventre et remonte dans ses cordes vocales. D'un mouvement las, il parvient à se positionner sur le dos, le regard fixé sur l'absence des étoiles. Et il rit, encore. Il rit pour ne pas pleurer et pour écraser le poids qui ne disparait pas. Il rit car il est responsable d'une merde colossale qui lui écrase le coeur et lui broie les organes.
Merde.
- Merde, qu'il souffle quand le rire finit par se taire. Une sacrée merde, ta vie, qu'il continue, sans la regarder, toujours en train d'étouffer.
Dans son dos, Jehan croit sentir le liquide chaud qu'elle a vomi quelques instants plus tôt. Encore un t-shirt de foutu, bien évidemment.

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Sam 4 Nov - 16:10


Petit à petit, lentement, l’angoisse vive se mue en une peur plus sourde, latente et vicieuse. Ce n’est plus seulement un poids dans l’estomac, c’est une douleur qui pèse sur ses épaules et son esprit. Lilian le sait déjà, elle pourra faire ce qu’elle veut, jamais elle n’oubliera la force des sentiments qui l’ont engloutie. Dans sa poitrine, son cœur s’affole encore et il lui faut plusieurs longues minutes pour enfin percuter ce qu’il vient de marmonner. Ce que ça provoque en elle est pire que tout et la ravage instantanément : colère, tristesse, rancune, mélancolie, joie. Autant de sentiments aussi puissants que contraires qui se battent pour la première place et la laissent plus pantelante. Si elle savait faire, Lil pourrait suivre avec précision l’évolution de ses émotions et leur subtilité. Elle pourrait, par exemple, déceler la pointe de jalousie qui va de pair avec l’ombre omniprésente d’un autre dans la vie du gamin, un autre fondamental, un pilier ; elle pourrait décortiquer cette tristesse profonde de se reconnaître en lui comme il se reconnait en elle, elle pourrait comprendre tout ce que ce simple prénom évoque et fait renaître. Peut-être que d’ailleurs, elle le sait, mais qu’elle préfère l’oublier. Les sentiments l’encombrent, elle ne sait qu’en faire, alors elle s’exécute comme un automate et tente de les reléguer dans un coin de son âme qu’elle ne déterre que rarement.

Mais déjà, les dommages sont irréversibles. C’est à la partie d’elle qui est morte, celle qu’elle a délibérément oublié qu’il vient d’avoir accès. Une putain d’autoroute à cette partie d’elle. Comme elle a pu entrer en lui et toucher le plus fragile, le plus tangible, le plus important. Elle a senti la solitude, et l’amour inconditionnel, et la violence sans limite qui ne demande qu’à s’échapper de ses enclaves. Les siens, si proches, si loin en même temps. Un long frisson lui remonte la nuque et lui traverse le corps rien qu’à repenser à cette connivence incroyable.

« Ta gueule. » La réponse, brutale, manque cruellement de force tant sa voix est cassée. « T’as vu la tienne, de vie misérable ? J'mange à ma faim, au moins !» Et comme un animal effrayé, Lilian mord à la moindre provocation. Volontairement, elle ne le regarde pas. Elle a peur de ce qu’elle pourrait découvrir dans ces iris jumelles : le reflet de son âme, sœur d’infortune. L’idée lui tire un sale rictus triste et mauvais. « Tu peux t’rel’ver ? Faut pas rester là. » Déjà, son instinct reprend le dessus : c’est facile, pas besoin de réfléchir, juste de suivre ce que lui hurle son corps. Et tout en elle gueule de dégager de ce champ de bataille morbide. L’odeur va attirer tous les prédateurs du coin et elle se sait incapable de leur tenir tête, cette fois.

Séparés par la distance confortable d’une table en formica dévalée, les mains enfoncées dans son blouson et un café âcre mais fumant dans une tasse posée devant eux, ils ne se disent rien depuis qu’ils sont entrés dans le diner. Ils se dévisagent, du moins, Lilian dévisage le gamin sans aucune gêne. Du reste, que faire de cette fausse pudeur quand l’un et l’autre en savent autant sur chacun sans jamais avoir échangé plus de trois phrases ? Une lampée, puis une autre, la femme tente de masquer son malaise derrière sa façade habituelle : rude et distante. Mais elle le sent, elle le sait, ça ne prend pas. Tous deux réagissent en miroir, c’est trop flagrant pour être ignoré. « J’espère que j’ai pas cogné trop fort ! », qu’elle fait alors, une grimace pour sourire, une lumière amusée dans le fonds des yeux.

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« Oh death, will you spare me over and ever ?  How you are treating me  You've closed my eyes so I can see and you hurt my body and made me cold. You run my life but I have no soul.».
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Mar 7 Nov - 19:17


Il se tait. Lorsqu'elle répond à ses insultes, Jehan se tait. Lorsqu'elle lui propose d'aller ailleurs, Jehan se tait. Son regard dit les mots à sa place. L'homme - le jeune homme - lui, reste silencieux. Il se contente de l'observer du coin de l'oeil et de suivre ses pas sans rien dire, pris dans ses pensées. Ou alors, dans les siennes. Il ne sait réellement. Quelque part, les dernières minutes ont foutu un bordel monstre dans sa tête et il peine à y faire le ménage. L'étrange impression lui parcourt le corps en entier. Ne disparaît pas. Nahej reste absente et ne revient pas, et Momo ne répond pas à son message. Ses entrailles se tordent. Jehan fronce des sourcils, les doigts serrés, ne tremblant pas. Il ne tremble pas pour une merde pareille ; il est fort. Du moins, il croit. Le regard reste sévère, le visage fermé, et lorsqu'ils pénètre dans le restaurant bon marché du quartier, il dévisage les quelques gens qui s'y trouvent - essentiellement posés au bar - et les serveuses avant de prendre place.
Aucun mot n'est dit mais plusieurs choses sont hurlées, par les regards échangés. La plupart à contre coeur. Jehan ne détourne pas les yeux, pourtant. Il la dévisage avec une curiosité certaine. L'idée de la tuer reste présente, étrangement. Il sait, bien évidemment, qu'elle ne peut mourir. Mais elle représente encore un danger et une part de lui - une grande part - reste encore tétanisée devant tout ce qu'elle sait à son propos. Il aimerait la détester. Il la déteste peut-être. Autant qu'il se déteste lui-même, certainement. Jehan ne sait pas réellement. Les sentiments qu'elle fait naître chez lui sont indescriptibles, mais ça, c'est chose commune. L'immortel a toujours eu du mal à nommer ce qui le prend par les tripes.
Les doigts se crispent brièvement sur le verre de son milkshake, lorsqu'elle parle. Il ne tarde pas à lui lancer un regard sombre, le bleu presque absent de ses yeux, avant de lui adresser un sourire féroce. Jehan ne prend pas la peine de jouer l'ange comme avec les autres ; elle doit savoir, forcément, qu'il ne fait que mentir avec ses tendres sourires. Elle doit avoir vu autant qu'il a pu voir, de son côté.
Le coin de ses lippes tordu dans une grimace certaine, Jehan laisse son regard glisser sur elle. Il croise une simple marque, sur sa peau, et s'étonne à en connaître l'origine. Le sourire se crispe légèrement.
- C'est pas la mort, qu'il susurre simplement, le sourire un peu plus grand. Dans ses yeux, une lueur d'amusement. Il joue avec les mots ; Mose déteste lorsqu'il rit de ses morts ainsi. Mose déteste lorsqu'il meurt et juge la chose si légèrement. J'ai connu pire, qu'il conclut, avant de tenter une nouvelle mort ; se congeler la cervelle au milkshake.
Forcément, il n'y arrive pas. Marr dévisage ceux alentour, puis l'observe de nouveau. Il y a quelque chose, chez elle. Son regard, ses manières, ses cheveux ou alors, ses traits. Quelque chose qui l'attire. Rien de sexuel ; Jehan est presque vide, à ce niveau là. Les gens ne l'intéressent pas. Du moins, pas pour les manières habituelles. Et son coeur, lui, est souvent vide d'empathie. Il ne s'attache pas réellement. Mais elle. Elle. Peut-être est-ce les flashs de souvenirs qui jouent avec ses pensées. Peut-être qu'un lien s'est créé sans leur accord et que maintenant, ils sont pris en otage l'un par l'autre, sans aucun possibilité de fuir. Un coup salaud du destin, forcément.
- Donc, qu'il dit, sans manière, car Jehan n'est pas réellement habile pour être délicat lorsqu'il ne fait pas semblant. Il pose ses coudes sur la table et croise ses bras, après avoir pousser le milkshake, avant d'appuyer sa tête dessus. Ainsi appuyé sur la table, il le dévisage de bas. C'est une sacrée merde, qu'il ricane ensuite, et ferme brièvement les yeux, quelque seconde.
Lorsqu'il les ouvre, il semble déjà plus calme. Plus posé, peut-être. Faire abstraction de la tempête de sentiments ressentis lui est familier, après tout.
- Tu comptes me livrer au DRA ? qu'il demande, au final, sans détour. Parce que j'pourrais te dire que j'ai pas envie d'te buter, mais c'est pas le cas. Comme j'pourrais te dire que j'me sens pas lié à toi après cette merde étrange avec leurs têtes, mais c'est faux aussi.

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Mer 15 Nov - 17:05


« C'est pas la mort. » A la lueur malicieuse qui brille dans les billes du garçon, elle répond par un sourire plus franc et légèrement carnassier; la même étincelle amusée pour illuminer son visage. « J’ai connu pire. » Et d’un air entendu, elle hoche la tête et avance la tasse fumante vers lui comme de trinquer à cette connivence. Bien sûr, ils ont vécu pire, tous les deux. Ils ont l’âme amochée à défaut du corps et la mémoire pour se souvenir de l’enfer. C’est pire que tout, la mémoire : une plaie sur la peau, on la voit cicatriser pour disparaître totalement ou ne laisser qu’une marque infime. Les souvenirs vous hantent, à toute heure de la journée ou de la nuit et on ne peut rien faire contre. Elle peut bien fuir, jouer les dure, il n’a fallu qu’un choc brutal entre deux IBM un peu débiles pour perforer la carapace derrière laquelle elle se mure en permanence. Et elle, elle sent comme dans ses propres tripes que lui aussi, est tout aussi atteint et heurté dans son essence par cette expérience. Il a raison, c’est la merde.

Le café, affreusement amer mais chaud ne réchauffe pourtant par sa carcasse ; parce que c’est son âme altérée qu’il faudrait consoler. Une vague grimace écœurée, elle avale la mixture d’une traite et repousse la tasse loin d’elle comme pour oublier le goût. A son tour, il l’observe, et elle le laisse faire. Ca lui laisse du temps pour s’arranger avec la situation, mettre de côté l’affecte pour se concentrer sur la situation présente. Elle pourra dégoupiller plus tard. Seule. Lilian n’imagine pas encore pouvoir le faire devant ce gamin alors qu’il est dès à présent désigné comme la personne la plus à même de comprendre sans juger. Lui-même pourrait bien en parler à ce garçon qu’elle a aperçu, omniprésent dans la moindre de ses pensées, le moindre de ses réminiscences ; elle le sait déjà qu’il ne le comprendrait pas.

Elle reste silencieuse un moment, après sa question. C’est vrai, c’est vrai que c’était sa première idée, son premier réflexe – ce pourquoi on l’a formatée et grâce à quoi elle jouit d’un semblant de liberté. Mais elle n’a pas besoin de cogiter pour que la réponse s’impose d’elle-même : non. Non, bien sûr qu’elle ne le fera pas. Et elle sait déjà sans le formaliser, elle le sent plus exactement, qu’elle se battra pour que lui plus que quiconque conserve la liberté. Ca lui gratte un peu les intérieurs, de le réaliser. C’est un sentiment inconnu que de s’inquiéter pour la première fois depuis longtemps avec ses tripes pour quelqu’un d’autre. Quelque part, la colère se tapit pourtant, nourrie par l’impuissance et la fatalité. La colère, c’est la seule réaction qu’elle arrive encore à avoir, alors elle en use et en abuse. « Bien sûr que non, elle répond quand même lentement en se laissant aller sur la banquette. » Et elle ne dit plus rien un moment qui s’éternise. « Et maintenant, on fait quoi ? » elle se fait violence, Lilian, pour poser cette question. Ca lui coûte, de devoir faire face, la fuite en avant tellement plus confortable et facile. « On peut pas retourner à nos vies de merde comme ça (un sourire aussi tranchant qu’un couteau se taille sur son visage). Et on peut pas en parler non plus. Tu pourrais me buter pour calmer tes nerfs, on sait toi et moi que ça ne changerait rien. Il pigerait pas, hein ? » D’un geste de la main, elle appelle la serveuse qui lui ressert de cet affreux café : il la tiendrait réveillée contre la mort, et elle ricane vaguement à cette pensée.

« T’as vu quoi ? » Ca lui retire un poids du ventre et des épaules de poser cette question, un poids dont elle n’avait pas vraiment conscience. Et puis temps qu’à donner dans le grand déballage, haut les cœurs et allons-y franco. Et puis, elle est curieuse, peut-être de savoir ce qu’il sait d’elle maintenant. Tout serait présomptueux et en même temps si vrai. Elle-même n’a vu que des fragments de vie, de mémoire, elle a encaissé la masse d’émotions, brutes, vives ; et elle a l’impression d’avoir cerné ce gamin.

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Soulstorm. (Jehan)

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