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 bon appétit (avec Lilian)

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Dim 17 Sep - 19:19


Bon appétit
Lilian & Victoria
“Le premier des droits de l’homme est celui de pouvoir manger à sa faim.”

Le doigt de Victoria écrase salement la sonnette de l'interphone. Sa nuque est douloureuse, et ses jambes sont fatiguées. Un bâillement lui décroche la mâchoire, alors qu'un sourire se recompose déjà à sa suite. Mécaniquement. Comme un sale automatisme qui lui pend aux lèvres. Sa misérable existence n'a pourtant rien qui vaille la peine du geste. Entre ses journées au centre, et ses soirées au Fin Gourmet, l'espace qu'on laisse au bonheur n'est pas suffisant à sa prolifération. Ou même à sa naissance. Ce n'est pas grave. Ce n'est jamais grave. Victoria survit, à défaut de vivre. Victoria n'est pas malheureuse, à défaut d'être heureuse. C'est suffisant. C'est suffisant pour sourire.

Il est deux heures trente-sept. La porte reste close. Peut-être que Lilian dort. C'est qu'elle a du retard. Trente-sept minutes de retard, pour être exacte. Delilah l'a gardée un peu plus longtemps. Et Vicky n'a pas protesté. Jamais. La peur viscérale de la grande patronne. La nécessité de garder son poste pour ramener de la chair fraîche. Son dévouement a d'ailleurs été récompensé par une boîte de restes humains, ce soir. Un véritable soulagement. Parce qu'elle a faim. Ça tiraille, là, sur les viscères et dans l'estomac. Ca fait combien de temps, qu'elle n'a pas mangé de la vraie nourriture ? Trois semaines. Peut-être un mois.

« Lilian ? C'est moi. » 

Cette fois, le poing vient tambouriner contre la porte. Sans violence, ni impatience. La voix elle-même caresse plus qu'elle n'est haussée. Il n'y a que le silence qui lui répond. Son regard décline avec une certaine déception : elle aurait aimé voir Lilian. Trouver la chaleur des bras pour une nuit. Une seule. Le temps de reprendre son souffle avant de replonger dans le marasme du quotidien. 

Victoria attend encore un peu. Une minute, deux ou peut-être dix. Elle perd le fil. Les lumières automatiques du couloir ont le temps de mourir. Ses yeux nyctalopes, pourtant, ne se détachent jamais des rainures de la porte. Quand l'encadrement vient la baigner de lumière, elle ne réagit pas tout de suite. C'est le parfum qui la tire de sa torpeur. Un sursaut fait vibrer les épaules. Le visage remonte.

« Je suis désolée pour le retard. J'ai été prise. »

Elle s'excuse platement et dépose un baiser volatile au coin de la mâchoire. 

« J'ai apporté à manger. Pour me faire pardonner... »

Le sachet plastique est monté à hauteur des yeux, alors qu'elle pénètre dans l'appartement. Deux boîtes chinoises sont parfaitement distinguables au travers. Des nouilles pour Lilian et de la chair pour elle. D'habitude, elle mange la même chose que la rousse. Pour se fondre. Pour la mettre à l'aise. Elle ne sait pas trop, finalement. Elles n'en parlent pas. Elles ne parlent pas beaucoup tout court, en fait. Mais ça fait un petit moment, maintenant, qu'elles se côtoient. Et la nature de Victoria n'est un secret pour personne. Pas plus tard que tout à l'heure, elle a donc conclu que ce n'était pas un souci. Que c'était même ridicule, de s'obstiner pour ne faire que vomir. Elle est fatiguée. Elle a faim. Elle n'a pas à faire semblant devant Lilian. Parce que Lilian sait.

Le repas est déposé sur la table. Vicky s'étire. Les os craquent dans une symphonie sinistre, quoique silencieuse. Un nouveau bâillement perturbe le visage, mais toujours, ce sourire tendre et incessant revient. Pour Lilian plus que pour le néant, cette fois.

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Dernière édition par Victoria Ingram le Sam 14 Oct - 15:07, édité 2 fois
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Mar 19 Sep - 11:26


Les billes fixent un instant le visage fatigué de Vicky, puis d’un pas, le corps s’efface pour la laisser entrer, sans rien dire. Enroulée dans un gilet qui lui tombe sur les cuisses, la rousse étouffe un bâillement tandis qu’elle suit l’autre dans la cuisine. Victoria, déjà, babille. Lilian n’écoute pas vraiment son bavardage inintéressant. « Envoie un message, la prochaine fois. Je m’endormais … elle se contente de lui répondre mollement en sortant une clope de son paquet. » La cigarette coincée dans les lippes, Lilian s’active et bientôt une agréable odeur de café remplit le petit espace de la cuisine. « Et puis, elle ajoute, un rictus moqueur, j’avais faim d’autre chose. Mais si tu veux toujours te faire pardonner… » Lilian se retourne, le cul contre le meuble, et scrute Victoria, dont elle attend la réplique. C’est leur petit jeu, parfois. C’est vrai qu’elles ne se racontent pas grand-chose, pas même des banalités du quotidien. Du reste, ce que Lilian lui veut ne nécessite pas dissertation… Mais maintenant qu’on en est là. Lil hausse les épaules et visse son cul sur la chaise, les avant-bras sur le dossier. C’est qu’elle n’a jamais su se tenir correctement. Elle n’a jamais su se tenir, point. « Et on peut savoir ce qui t’a retenue si longtemps ? » La réponse ne l’intéresse qu’à moitié. Elle est simplement vaguement curieuse des activités qui peuvent retenir une secrétaire au beau milieu de la nuit. Les traits tirés de Vicky l’interpellent encore plus, à dire vrai. « T’as une sale gueule. » C’est pas dit méchamment, mais posé là, d’une voix neutre, comme un constat. Victoria semble épuisée, oui. Lil en devine suffisamment sur la jeune femme pour savoir que c’est la vie, qui l’épuise ; comme elle-même en réalité. Elles ne sont finalement pas si différentes, quand on y pense, deux beaux jouets aux mains du gouvernement et de ses organisations, modèles d’intégration et de conformité. Ca lui tire un sale sourire rien que d’y penser, à Lilian. Son corps n’en porte pas les marques, mais son âme si. Elle a payé le prix, ce sale prix, pour jouer les femmes de la classe moyenne supérieure américaine. Le DRA ne lui a laissé que sa carcasse et un esprit à jamais fêlé.

C’est pour ça qu’elle aime bien Victoria. Y’a pas de question gênante. Pas trop de bavardages épuisants. Elles se font du bien, c’est tout. Et pour ça, Lilan est capable de l’attendre la nuit, même quand elle est en retard, de s’inquiéter d’un retard et d’être contente, quand même, quand elle entend l’interphone gueuler dans l’appartement et d’écouter les excuses inutiles de Victoria.

Le café passé, elle se relève, sort deux tasses d’un placard pour les remplir de la mixture âcre pour s’avachir à nouveau sur la chaise. « T’as pris quoi ? elle interroge, les mains qui vont déjà vers le sac plastique. » Impossible de masquer sa réaction quand elle ouvre la petite boite de carton. C’est certainement pas les nouilles chinoises qu’elle attendait. A la place, baignant dans ce qu’elle suppose être du sang, des bouts de viande – des restes humains. Son estomac proteste. « C’est quoi, ça ? » Trop surprise pour être furieuse, elle relève la tête et confronte Victoria. Sûrement pas la viande synthétique vendue aux goules par le CCG, de ça, l’ajin en est certaine. Ca ne laisse pas beaucoup d’options, c’est certain, mais elle veut l’entendre le dire, ou l’infirmer. Un instant, un instant seulement, Lilian pourrait croire n’importe quel mensonge de Victoria.

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Mar 19 Sep - 18:00


Bon appétit
Lilian & Victoria
“Le premier des droits de l’homme est celui de pouvoir manger à sa faim.”

Un sourire mutin se contente d'agripper les lèvres quand Lilian mentionne cette autre faim. Il n'y a pas beaucoup de place pour l'imagination. Et pour cause : la nature de leur relation est plutôt linéaire. Plutôt ouvertement sexuelle, même. Le revers de la main frôle la joue de la rousse, et déjà, Victoria s'éloigne pour retirer sa veste. Le tissu est abandonné sur un comptoir. Les gestes, fluides et naturels, ne se laissent ni interrompre par les manières de Lilian, ni par sa question. C'est que la goule ne juge pas les premières, et qu'elle a déjà préfabriqué une réponse pour l'autre.

« Mon amant numéro deux réclamait l'affection que je ne lui ai pas donné jeudi passé. Ou le mardi avant ça. »

Jeudi passé, et le mardi avant ça, elles étaient ensemble. Du reste, le mensonge est intentionnellement discernable. A vrai dire, tous les mensonges de Victoria le sont plus ou moins. Alors elle a pris l'habitude de les cacher dans d'autres, de dédramatiser avec des blagues ou des détournements de sujets quelconques. En général, ça marche bien.

« Que veux-tu, malgré ma sale gueule, je suis une femme courtisée. »

Un rire chantonne, tandis qu'elle se pose sur la chaise qui fait face à celle de Lilian. Vicky observe sagement son amante partir et revenir avec du café. Si l'odeur lui est agréable, l'estomac la tiraille d'autres envies. Il lui suffit d'imaginer la chair empaquetée dans la boîte pour que la langue passe instinctivement sur les lèvres.

« Des nouilles. Je les ai prises au chinois, au coin de la rue. C'était le seul encore ouvert. »

Sauf que Lilian ouvre la mauvaise boîte. Sa réaction blesse quelque peu Victoria. Le sourire flétrit. Si le visage est imprégné d'une certaine affliction, il tente de garder un peu de consistance. De toutes les personnes qu'elle connaît, ce n'est certainement pas à Lilian qu'elle aurait pensé devoir rendre des comptes un jour.

« Je suis une goule, Lilian. Je mange de la viande. De la chair. De la chair humaine. Elle tient à remettre les choses dans leur contexte. Des corps de prisonniers sont arrivés à la morgue, ce matin. Et j'avais besoin d'un vrai repas. »

Des corps de prisonniers sont effectivement arrivés à la morgue pour être vendus, ce matin. Et elle avait, aussi, effectivement, besoin d'un vrai repas. C'est juste que le sien ne vient pas de là. Avec la chair de synthèse qui a inondé les marchés, la viande, la véritable, est devenue une sorte de produit de luxe que la goule moyenne n'a plus tant l'opportunité de s'offrir. Avec son boulot au Fin Gourmet, Victoria est d'ailleurs consciente d'avoir une chance inouïe.

« J'ai faim. »

C'est un simple état de fait. Elle a faim. Et ça fait des jours, des semaines, qu'elle ne s'est pas nourrie proprement. Le regard décline. On dirait une enfant qui a commis une erreur.

« Mais je comprends tout à fait que ça puisse te rebuter. Je suis désolée... Je pensais que ça t'était égal. J'aurais dû demander, ou manger sur le chemin. »

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Jeu 21 Sep - 10:01


Le sourire se fait carnassier quand Victoria évoque cet autre amant imaginaire réclamant ses attentions. Ca lui gratte un peu les intérieurs de l’imaginer dans les bras de quelqu’un d’autre, mais pas assez pour qu’elle ne comprenne d’où vient le malaise. Alors à la place, elle lui sourit et ses billes la déshabillent sans aucune gêne. « Il en a, de la chance… elle minaude la voix sourde. »

Comment la situation a pu chavirer si vite… ?

Lilian entend les mots de Victoria, et acquiesce. Oui c’est une goule, et ça n’a jamais été un secret entre elles ; personne ne l’ignore de fait, tant le CCG se plait à l’utiliser comme la mascotte et la preuve du bon vivre ensemble des humains et des goules. Mais le trouble de découvrir des restes humains, fussent-ils de condamnés à mort, lui retourne l’esprit et l’estomac. Savoir que les goules mangent de la chair humaine est une chose, le réaliser aussi brutalement une autre. Mais quand elle relève les yeux, Lil s’en veut brutalement. Victoria, assise en face d’elle, le visage défait, aligne les mots comme des excuses, comme pour demander pardon de qui elle est. Et si elle honnête – quoi ce cela lui coûte – Lilian connait parfaitement l’existence d’un réseau plus ou moins illégal de vente de viande à travers l’état. Ca ne l’a juste jamais concernée directement, elle n’y a jamais prêté plus attention que ça. Naïvement, peut-être tentait-elle de se convaincre que la viande produite par le CCG suffisait aux goules. Mais de voir Victoria aussi touchée lui fait quelque chose en dedans, comme si ça te tord ou pique un peu. « Désolée. Tu as raison, oui… » Il n’y a rien à dire de plus. Peut-être aussi aurait-elle préférée être prévenue. Sa poitrine se soulève et s’affaisse au rythme du soupir. Lilian se relève, attrape dans les placards quelques épices qu’elle dispose sur la table, et sert le café. Deux tasses, par habitude. « Oublie, si tu peux, elle lui dit, profitant lâchement d’avoir le dos tourné pour ne pas avoir à contempler encore plus la mine triste et fatiguée de Victoria. » Ce n’est pas ça entre elles. Ca doit être simple, et facile, et doux. Et pas piquer comme du gros sel qu’on renverse sur une plaie ouverte. Alors quand elle s’installe à nouveau sur la chaise, l’air dégagé comme de rien, elle ajoute. « Je suis ravie de savoir que c’est avec moi que tu préfères manger, plutôt qu’avec… comment tu as dis qu’il s’appelle, ton amant numéro deux ? » Un petit sourire, une œillade rapide, Lilian veut s’assurer que la bourde est rattrapée. Et surtout, elle s’applique à ne jamais regarder le contenu de la boite de sa vis-à-vis. Lilian ne s’explique pas ce malaise, vraiment. Elle s’en veut même un peu de réagir de la sorte. C’est un peu hypocrite, un peu mesquin. Plus que tout, c’est son incapacité à réagir correctement qui l’agace. Lilian déborde tellement souvent de cette colère… Vicky n’a pas à en faire les frais. Alors, comme toujours, elle la range soigneusement dans un coin de son esprit, à sa place.

Elles ont fini de manger, et le silence s’est installé depuis un moment, une minute, peut-être deux, peut-être plus. Et depuis tout ce temps, les pupilles de Lil persécutent Victoria, la courbe de sa mâchoire, et le petit pli que forment ses lèvres quand elle sourit, le creux dans sa nuque, le début de l’omoplate qu’elle se plait à imaginer, deviner, sous le vêtement. « Lève-toi, fait la voix impérieuse de Lilian. ». Ce qu’elles ne se disent pas, ce sont les corps qui l’expriment – et bien mieux que les mots. Frondeuse, Lilian s’approche, conquérante, elle attaque cette bouche bien trop jolie, bien trop timide, bien trop moqueuse. Aventureuses, ses mains se perdent déjà sous le chandail de Victoria. « Et ton amant numéro, elle murmure, il te fait ça aussi ? » L’autre main, déjà, titille le revers du pantalon. « Fais attention, je pourrais devenir jalouse… »

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Ven 22 Sep - 19:46


Bon appétit
Lilian & Victoria
“Le premier des droits de l’homme est celui de pouvoir manger à sa faim.”

Malgré les excuses et le revirement de situation, Victoria arrive tout juste à esquisser un sourire. Elle aimerait se débarrasser de cette peine, reprendre tranquillement le cours de cette soirée sans sa boîte, sans le regard courroucé de Lilian. Il a beau s'être estompé, elle arrive à le voir, là, dans un coin fertile de sa mémoire. Elle n'est même pas à lui en vouloir. Elle s'en veut à elle. D'avoir trop présumé, trop pris ses aises et trop dépassé les bornes. Elle aurait dû demander. Prévenir. S'abstenir, simplement. C'est que dans les bras de Lilian, Vicky n'avait encore jamais ressenti les barrières inter-espèces. Dans les bras de Lilian, elle ne s'était jamais sentie différente.

« Tu ne veux pas connaître son nom... »

Elle répond, distraitement, le regard perdu dans le vide. Comme son amante travaille à effacer le malaise, Victoria puise également dans sa bonne volonté pour y mettre du sien. Ses yeux plongent dans le bleu de leurs vis-à-vis. Et les commissures s'étendent dans un sourire timide.

« Tu devrais manger, ça va refroidir. Ça doit déjà être froid, autant que la conversation. Bon appétit. » 

Tout le long du repas, sa fourchette ne fait que triturer la viande en surface. Ce n'est pourtant pas la faim qui lui manque. Dieu, ça lui tiraille tellement l'estomac qu'elle pourrait manger n'importe quelle merde... Mais une force invisible la garde d'ingérer la chair sanguinolente devant Lilian. Elle bataille tant avec ses instincts qu'elle ne se rend même pas compte du temps qui fuit, du silence qui s'étire, et des yeux qui la dissèquent.

Lève-toi. L'autorité la tire de sa torpeur. Une vieille mécanique de réponse se hâte de relever les jambes. On commande, et Victoria obéit : c'est dans son code génétique.

Le baiser la prend de court, mais les bras s'enroulent autour de la nuque. Les humeurs se détendent. Cette femme l'enivre. Ses mots l'enivrent. Son parfum l'enivre. Surtout son parfum.
Les phalanges cavalent sur la nuque, tracent le contour de la mâchoire et la ligne des clavicules. Alors que les souffles se mêlent et que les reins s'enflamment, les paumes déclinent jusqu'aux fesses et repoussent contre un plan de travail.

« Je ne lui fais pas ça à lui, en tous les cas. »

C'est à peine un murmure entre deux baisers et l'esquisse d'un sourire. Victoria n'a pas un caractère aussi entreprenant, d'habitude. Victoria est douce, et tendre ; elle fait les choses bien, et prend le temps de les faire. Ici, la passion semble s'être emparée des gestes, et de la carcasse. Les lèvres balayent le coin de la bouche, la tempe, et le lobe ; délivrent une traînée de baisers brûlants le long de la jugulaire. Elles s'attardent là, longtemps. Les effluves la rendent déraisonnable. La force surhumaine soulève et invite Lilian à s'asseoir sur le meuble.

Elle a faim. D'une autre faim que celle qui la tiraillait plus tôt, pense-t-elle. Ça strie le bas-ventre et tord les intestins. Les ongles griffes, naviguent sur les cuisses et s'enfoncent sous le gilet. Le cœur galope. Les fragrances l'envahissent. Les dents frôlent la gorge, déchoient, et finissent par se planter dans l'épaule. Fort. Sans doute trop fort. Elle en avait envie. Elle en a toujours envie.

Elle a faim.

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Dernière édition par Victoria Ingram le Sam 14 Oct - 15:08, édité 1 fois
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Sam 23 Sep - 20:37


Les mains, un peu fraiches, de Victoria excitent son épiderme, et sous la cage d’os, le myocarde s’emballe. Un moment, Lilian se laisse faire et n’y pense pas. Une furieuse envie de dévaler ce corps à la bouche, elle s’en empêche pourtant, génère la frustration pour mieux la combler ensuite. C’est que, déjà, les lippes de Victoria l’occupent fort bien, tantôt sur la bouche, tantôt dans le cou, et que les doigts de Victoria semblent être partout en même temps, à la fois sur la peau, le ventre, les jambes. Le souffle lui manque, et elle halète (l’air n’arrive plus à ses poumons, il lui semble) et… La surprise se mêle au plaisir quand les canines entament son derme. Le petit cri lui échappe malgré elle, et l’espace d’un instant, Lilian se perd dans cette étreinte qui n’a plus rien de romantique. La tête en arrière, le dos cambré, elle s’offre même un peu plus. Puis, une bulle de conscience explose, finalement. Les mains sur les épaules de Victoria, elle la repousse, fermement, mais en douceur. « Arrête… elle lui fait d’un voix atone. »
Un peu perdue, complètement décontenancée par la dose pure de plaisir qui vient de lui passer par le sang (et l’envie de recommencer et de prolonger) et la situation, elle s’accorde un instant pour reprendre son souffle. Du bout des doigts, elle palpe machinalement la plaie, peu profonde malgré le sang qui continue de s’écouler à gros bouillon. Mais ce n’est pas ce qui l’alarme. Elle pourrait se vider de son sang, sur cette table, ce ne serait jamais la première de ses inquiétudes. Non, présentement, c’est Victoria. « Ca va ? elle interroge, le ton sincèrement concerné et légèrement marqué de sollicitude. » Confuse, Lilian se laisse choir du plan de travail – le sang s’égoutte toujours à flot le long de son bras, elle le sent, chaud et poisseux. Elle ne s’en occupe pas, les yeux braqués dans ceux de Victoria, tâchant de deviner ce qu’il peut bien se passer dans l’esprit de la goule. Peu habituée à l’empathie, c’est un exercice compliqué – impossible – que d’essayer de se projeter, de comprendre. C’est là, dans l’air, Lilian pourrait l’attraper, si ce malaise était palpable. Elle le ressent comme s’il venait entièrement d’elle, né de ses tripes et de sa chair – Lilian ne se rend jamais compte que c’est elle qui a engendré cette situation de malaise, et si elle le réalise, elle reste démunie et incapable d’une réaction appropriée. Amèrement, elle regrette que le DRA l’ait, sinon amputée de toute compassion, empêchée d’apprendre ; ce n’est pourtant pas l’instant de s’y attarder alors comme tant d’autres, Lilian plie et range cette pensée dans les recoins de son esprit qu’elle ne visite jamais.

Le silence dure, longtemps. Bien trop longtemps. Démunie, Lilian ne sait même pas comment commencer, comment désamorcer cette situation. Parce qu’elles doivent en parler, n’est-ce pas ? Tout en elle lui hurle que rien de cette soirée ne se déroule normalement sinon habituellement. « C’est de ma faute, c’est ça ? elle commence alors, brute et sans prévenir. C’est moi, toute à l’heure. J’aurais pas dû réagir comme ça. » Si elle pouvait réaliser à quel point, à quel point elle est un monstre de brutalité, d’une maladresse sans nom, d’une violence inouïe dans ses propos, peut-être qu’elle ne dirait rien. Lilian, malheureusement, est incapable de le réaliser.

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Mer 27 Sep - 13:06


Bon appétit
Lilian & Victoria
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Arrête. Et Victoria s'arrête sans opposer aucune résistance aux mains qui l'éloignent. Ses yeux rencontrent le sang qui suinte de l'épaule. Il n'y a aucun signe de choc, mais le regret lacère nettement les traits. Elle recule d'un ou deux pas, s'éloigne des chairs ouvertes pour essayer de se couper de l'odeur. Ses dents accrochent nerveusement les lèvres tâchées de rouge, et le revers de la main balaye, avec déception, le reste du carmin.

Malgré la question, Victoria reste muette, un peu recroquevillée sur elle-même. On dirait un animal acculé. Elle essaye de commander les pupilles autre part, partout sauf là, sur la blessure fraîche. Mais elle n'en est pas capable. Ses mains se plaquent brutalement aux tempes. Stop, Vicky. Ses paupières se ferment, et une grande inspiration carbonise les poumons.
Elles ne se rouvrent sur la pièce que lorsque la voix de Lilian lui parvient à nouveau aux oreilles. Ce n'est pas de sa faute. Dans un ultime effort, Victoria brosse le visage en quelque chose de plus doux.

« Non. Elle commence. Non, ce n'est pas toi. C'est moi. Je suis désolée. Ce... Tu... J-Je n'aurais pas dû venir. Il était trop tard, de toute façon. Je t'ai même réveillée... Et je... C'était normal. Ta réaction était légitime. J'aurais dû te prévenir. C'est de ma faute. Entièrement de ma faute. Je suis désolée. Ton bras... Ça n'aurait pas dû arriver. Je... »

Le discours est confus. Or les bonnes intentions de Victoria s'y esquissent parfaitement. Comme si elle avait froid, ses bras se croisent et ses épaules remontent. La faim couplée à l'odeur du sang d'ajin fait trembler ses mains et ses lèvres.
C'est fini, non ? Après cet incident, Lilian ne voudra sans doute plus la revoir. Et c'était bien, avec Lilian. Pas beau, ou amoureux, ou magique, ou tendre. Mais c'était bien. C'était facile, pratique. Réconfortant, même.

« Je suis désolée. »

Vicky s'excuse pour la troisième fois. Ou peut-être la quatrième. Si elle pouvait, elle retournerait en arrière. Si elle pouvait, elle transférerait la blessure de Lilian sur sa propre personne.

« Ton bras... Je... Ça va ? Tu veux que j'appelle quelqu'un ? »

Un médecin, les urgences, des proches. N'importe qui qui serait capable de tenir un meilleur rôle que Victoria. Elle n'est que l'amante, après tout, celle à qui on alloue deux ou trois heures de son temps quand on a besoin de la chaleur d'un corps.

« Tu préfères que je te laisse ? Je crois que ça serait mieux... »

La voix vacille un peu. Son cœur se serre inexorablement à la question, et les instincts se remuent en dedans. Elle redoute l'instant où on la foutra à la porte en la traitant de monstre, alors elle préfère anticiper. Ça fait moins mal. Ça fait moins mal, de se donner l'illusion que ça vient de sa propre volonté.

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Sam 14 Oct - 16:44


« Arrête de t’excuser tout le temps. » Le ton, plus incisif que voulu, le regard planté sur Victoria, Lilian hésite sur le comportement à adopter. Elle-même oscille entre une drôle de colère tournée vers la jeune femme et un profond sentiment de lassitude et de malaise qui lui grimpe du bide jusqu’au fond de la gorge. Alors, pour éviter d’envenimer encore plus la situation, elle se mure dans le silence. Elle n’a pas répondu à Victoria, et la laisse plantée là le temps de canaliser toutes les émotions contraires et violentes qui s’emparent de son esprit. Lilian déteste ça, perdre le contrôle d’une situation. Lorsqu’elle revient de la salle de bain, son épaule décorée d’une bande de gaze épaisse d’où suintait déjà quelques gouttes de sang, elle attrape un spray nettoyant et une éponge. Elle en est encore à frotter le sol quand elle reprend la parole – elle n’a pas entendu la porte claquer et suppose que Victoria est encore là. « J’ai pas détesté… elle commence, incertaine de ce qu’elle veut dire, mais… Je veux pas te nourrir. » Elle reste encore là un peu, à nettoyer le sol, avant de se relever et de se résoudre à confronter à nouveau le regard de Victoria. « Tu devrais manger, elle reprend plus doucement. Tu as les traits tirés et tu trembles. » Lilian tire une chaise et attrape la boite de carton restée presque entièrement pleine, encore posée sur la table. Sans se poser de question, elle en vide le contenu dans un bol qu’elle envoie deux minutes au micro-onde. « Je sais pas si ce sera bon, elle fait en se dirigeant vers la fenêtre qu’elle entrouvre pour chasser l’odeur étrange qui envahit peu à peu la petite cuisine. J’ai jamais préparé ce genre de bouffe. » Son détachement est soigneusement travaillé ; la pointe d’angoisse qui lui ronge les intérieurs subsiste. Elles sont à un tournant, n’est-ce pas ? Après cette soirée, rien ne sera plus vraiment comme avant. Délaissant le café, Lilian ouvre son frigo pour en sortir quelques bières. D’un geste habitué, elle en décapsule une avec l’autre et la vide pour moitié. C’est qu’il lui faut une once de courage liquide pour affronter la suite. L’angoisse qui lui tourne dans les tripes et l’esprit lui fait se demande ce qu’est vraiment Victoria pour elle. L’amante de passage, celle qui lui réchauffe la peau et l’âme quand l’envie leur prend ? A partir de quel moment quelqu’un fait partie de notre vie ? Quand on sait reconnaître les milles et unes petites manies et habitudes de l’autre, on s’y adapte sans se forcer ? Quand on l’accepte, pleinement et entièrement, sans se poser de question ? A quel moment Victoria était-elle entrée dans sa vie ? A l’intérieur, l’angoisse se débat et se mue peu à peu en une boule de chaleur un peu oppressante, un peu rassurante. « On en est où ? » qu’elle demande alors brutalement, à peine sortie de son introspection ?

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