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 he shot me down | tybalt

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Dim 8 Oct - 17:26



bang bang
i hit the ground

L’ambiance d’Eastside en automne avait des allures de petit village idyllique. C’était en partie pour cette atmosphère populaire et vivante qu’elle avait choisi d’emménager ici, et elle ne regrettait aucunement son choix, même en dépit des rumeurs et des dangers que l’on disait courir dans certaines ruelles des blocs. A peine ressortie du marché qu’elle venait de traverser, Joe se trimballait d’un air enthousiasme avec son sac de papier kraft dans une main, son téléphone dans l’autre, occupée à sauter d’une chanson à l’autre crachotée dans les écouteurs blancs vissés à ses oreilles.

Il suffisait parfois d’un rien, juste d’un air joyeux pour effacer temporairement l’angoisse ambiante et les gros titres étalés dans les journaux des kiosques de presse. Faire comme si de rien n’était semblait peine perdue et pour cause. Partout, l’affaire Grave Rubber était placardée. Tantôt apposée comme la victime d’un système profondément rempli de clichés qui cachait difficilement ses tendances anti-goules, tantôt décrié comme un provocateur qui n’avait trouvé que ce qu’il cherché depuis le début, ce DJ faisait au goût de Joe office d’exemple pour la foule tentée de se rebeller. Comment distiller un peu plus la crainte et faire respecter l’ordre en quelques leçons de censure … Ce type n’avait fait que jouer sa musique à sa façon, voilà ce qu’il en coûtait de sortir des rangs bien dressés du CCG. Visiblement, toutes les mélodies n’adoucissaient pas les mœurs.

Joe fendit le passage piéton au pas de course après avoir vu les quatre chiffres de l’heure qui approchait midi s’illuminer sur son écran tactile. Elle n’avait jamais besoin de prévenir son cher Tybalt de ses visites inopportunes, mais savait à quel point la deuxième locataire du promeneur de chiens pouvait se montrer rancunière quand elle n’avait pas ce qu’elle voulait. Les habitudes étaient sacrées pour celle-ci. L’interne ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même, entre autres à l’origine du comportement capricieux de la petite « demoiselle ». A force de la pourrir gâter à chaque passage à l’improviste qu’elle faisait, Jolene avait fini par baisser les bras – il était souvent plus simple de choisir le rôle de la tante trop affectueuse que du parent sévère mais juste.

Ca faisait un petit moment qu’elle n’avait pas vu la goule, et s’il leur arrivait de se croiser parfois fortuitement dans un bar ou dans la rue, ces derniers temps avaient été marqués par l’absence plutôt longue et anormalement silencieuse de Tybalt. Il était peut-être malade ou couvait une gueule de bois sévère, au choix. Elle serait vite fixée, songea la blondinette en poussant la lourde porte cochère de l’immeuble où vivait son ancien petit ami. Grimpant quatre à quatre les marches parfois grinçantes de l’escalier, la jeune humaine atteignit l’étage concerné avec aisance et toqua simplement à la porte pour indiquer son arrivée plus que pour attendre qu’on daigne lui signaler d’entrer. Un jappement l’accueillit alors qu’elle refermait la porte qu’elle venait d’ouvrir. Boulette, indécrottable petite boule d’énergie aussi duveteuse qu’immaculée, se rua dans ses pattes pour quémander toute l’attention qui lui était logiquement due. « Salut toi … » Sa main libre vint fourrager dans son pelage toujours plus doux qu’il n’y paraissait. « Heureusement que Boulette est là pour m’accueillir ! » cria t-elle, jouant expressément de ses cordes vocales pour appuyer le manque véritable de chaleur de la part du propriétaire de ces lieux plongés dans un certain bazar.

Le bichon sur ses talons, Joe ignora les mugs de café froid qui traînaient sur la table, la pile de vaisselle qui commençait à vaciller dans l’évier et surtout, les journaux accumulés sur la table. Il devait bien y en avoir pour quinze jours de nouvelles plus si fraîches. Sur le canapé, l’objet de sa recherche était là, avachi et surtout aussi dynamique qu’une limace sous somnifère. Un Monroe flemmard, proche de la catatonie. Joe écarquilla les yeux, un soupir pour première réaction. « Tu tires une de ces gueules mec. » Elle posa bruyamment le sac de courses sur la table basse et alla spontanément vers la fenêtre du balconnet pour tirer les rideaux en grand, la pièce brusquement baignée d’une lumière tiède. « T’as pensé à voir la lueur du jour récemment ? Ou à … prendre une douche ? » Elle exagérait sûrement un peu, mais au vu de l’état de l’appartement et surtout de celui de Tybalt, il y avait du laisser-aller – bien plus qu’en temps normal.
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Lun 9 Oct - 16:39


Sun is coming up
oh, why, oh, why
La chaîne d’informations ressasse en boucle les mêmes nouvelles, déjà vues et revues, lues et relues et la présentatrice s’anime sans qu’aucun son ne sorte de sa bouche. Tybalt peut presque complète les phrases à sa place, tant il épluche les journaux sans vraiment savoir exactement quoi chercher. Depuis qu’il est revenu de sa première balade canine de la journée, la goule s’est affalé dans le canapé et n’en a bougé qu'occasionnellement, pour remplir à nouveau sa tasse de café. Le goût amer de la boisson lui reste dans la bouche, à son grand désespoir, mais cela à l’effet d’occuper les heures — alors qu’il se demande combien de temps il doit encore attendre avant de débarquer une nouvelle fois dans la librairie de Milo pour savoir où il en est. Occuper les heures ou juste, peut-être, pour noyer le fait qu’il se demande si cela sert vraiment à quelques choses, après tout.

Midi approche — et il n’a toujours pas daigné bouger, une tasse de café froid à moitié vide encore dans la main et Boulette, impatiente, trottine à travers l’appartement, saute sur le canapé, mordille la manche du pull de la goule avant de se décourager. D’ordinaire, Tybalt aurait reporté toute son attention sur la boule de poil en la gâtant plus que nécessaire, mais ce jour-là, rien ne semble sortir Tybalt de son atonie. La petite boule décide de bouder ce manque d’attention, aussi rancunière que son maître.

Mais bien vite, Boulette semble avoir trouver quelqu’un d’autre pour la combler — elle jappe, témoigne avec outrage au nouveau venu le désintérêt que lui porte Tybalt. Il n’y a pas milles personnes qui peuvent entrer de telle façon chez lui, mais il ne prend même pas la peine de bouger pour l’accueillir, Boulette s’en chargeant de manière amplement suffisante. Comme le témoigne la voix de Joe qui sonne depuis l’entrée. Il ne répond même pas.
Déjà, celle-ci s’affaire autour de lui, contrastant avec son manque d’énergie flagrant. Il la regarde s’agiter à droite à gauche, avant de pousser un long soupir, et — enfin — sortir du canapé. Il attrape quelques tasses et les vide dans l’évier.

Je savais pas que t’étais ma mère, on en apprends tout les jours. Il jette un coup d’oeil par la fenêtre, assez surpris de voir que le jour est, effectivement, levé et ce depuis un moment. Je suis sorti ce matin, se justifie-t-il quand même.

Il ramasse quelques journaux qu’il balance à la poubelle, libérant un peu de place sur la table basse et le canapé. Tybalt tend la main pour offrir quelques caresses à Boulette dans l’espoir de se faire pardonner, mais celle-ci est bien décidée à rester dans les jambes de Joe, le faisant payer pour l’avoir ignorée pendant quelques heures.

Tant que t’es là, fait-il, en s’enfonçant de nouveau dans le canapé, tu veux pas te rendre utile et faire un peu de ménage? Il lui adresse un rictus et attrape la télécommande de la télévision, remettant le son et augmentant par la même occasion le volume.
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Mer 11 Oct - 16:18



bang bang
i hit the ground

Un sourire qui tenait presque du diabolique étira ses lèvres, dévoilant ses dents blanches. « Si j’étais ta mère, je t’aurais déjà tiré par la peau du cul, sache-le Monroe. » Qu’il s’estimât heureux de ne pas avoir une génitrice du calibre de Joe. Elle n’en donnait pas l’air mais elle se souciait de Tybalt, plus qu’il ne le pensait – ou qu’il ne voulait l’accepter.

L’état mitigé de son foutoir lui confirmait qu’il n’avait pas du beaucoup s’agiter ces derniers temps. Mais ce n’était pas l’absence de ménage régulier ou la propreté relative de certains coins de la pièce qui lui témoignaient cela ; c’était le vide cruel d’âme de l’appartement. Elle avait connu ce salon vivant, rempli de petits signes anodins qui montraient que le locataire mangeait, sortait, voyait du monde, bref, allait relativement bien. Des tickets de caisse à la con, un gobelet en carton qui datait de la veille, les fenêtres ouvertes, de la musique en fond. Non, le seul élément qui fonctionnait à merveille ici c’était la télévision – et la blonde brûlait d’envie de l’éteindre, cet écran de malheur. Déjà, chez elle, elle choisissait de la mettre en sourdine pour ne plus subir les informations sordides en boucle. Chez Tybalt, les règles étaient un peu différentes : elle n’était pas davantage maître des lieux que de la discussion qu’ils menaient. Ils se chamaillaient sans cesse les commandes.

La goule débarrassait un peu les victuailles qui traînaient davantage pour espérer une once de tranquillité que par véritable plaisir. Il n’en fallut pas plus à Joe pour considérer ça comme une petite victoire, mais elle fut de bien courte durée alors que la silhouette élancée du dog-sitter s’écroulait à nouveau dans le canapé ; comme s’il ne supportait physiquement pas d’en être éloigné plus d’une minute. La blonde soupira, leva les yeux au ciel. Elle était coutumière des remarques désagréables lancées expressément par le jeune homme, mais c’était mal la connaître que de croire qu’elle s’exécuterait docilement. « Ha-ha-ha. » s’exclama t-elle, un rire anormalement mécanique et forcé sortant de sa bouche.

La jeune femme sortit du sac de courses quelques restes de viandes récupérées à la hâte chez le boucher du marché – un petit présent pour Boulette méritait au moins ça. Pour Tybalt, en revanche, elle gardait encore le paquet de café bio pur arabica qui lui avait coûté les yeux de la tête puisque visiblement, monsieur tirait la tronche façon ménopausée de cinquante ans. « Je suis pas ta bonniche. » Si c’était là le seul moyen d’avoir un tant soit peu d’échange avec le brun, la jeune demoiselle allait continuer dans ce sens. Après tout, ils étaient doués pour ça.

Le son crescendo du petit écran grésillant vint la couper alors qu’elle vidait le contenu du petit emballage de papier rougi par le sang dans une assiette qu’elle déposa aux pieds du frigo. Boulette accourut, croisant dans le sens inverse une Joe passablement irritée qui arracha violemment des mains de Tybalt Mauvaise foi Monroe la télécommande pour baisser à son tour le volume. « Et tu couperas pas à la conversation de cette manière ! » Quel gamin. Vraiment. Parfois, ça l’épatait de repenser qu’ils avaient tenu six mois ensemble sans s’entre-tuer. « On peut savoir ce qui cloche ? Elle t’a largué ou quoi ? » Jolene comprendrait presque que la rouquine qu’elle connaissait très peu sinon de vue, se soit enfuie. Il fallait avouer que Tybalt avait plus d’un défaut à sa charge, mais quelque part elle n’avait jamais eu la sensation que le couple s’en portât plus mal. Pour une fois qu’il trouvait une fille bien, il valait mieux pour lui qu’il ne l’ait pas dégoûtée.
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Jeu 12 Oct - 16:22


Sun is coming up
oh, why, oh, why
Joe est déterminée, Tybalt lui donne bien ça. Mais elle tombe au mauvais moment, très clairement. Il n’est pas d’humeur à se chamailler légèrement avec elle, pour un oui ou pour un non — aujourd’hui, il rêve de rester devant le petit écran coloré, s’occuper bêtement l’esprit avec des chaînes d’informations, des télé-réalités abrutissantes ou encore séries télévisés qui ne passent qu’aux heures où le reste du monde est trop occupé au boulot. Bref, l’envie de communiquer avec un autre être vivant n’est pas dans ses plans, mais Joe est là pour les contrarier.

Ah bon? Pourquoi t’es là, alors? balance-t-il, le ton glacé comme une chambre froide.

Une fois enfoncé dans les coussins du canapé, il espère presque que ses paroles feront fuir Joe. Aucune chance qu’elle aie envie de rester plus de quelques minutes avec une goule affalée devant la télévision et si peu aimable et chaleureux que la compagnie d’une porte de prison serai bien plus agréable. Cependant, c’est assez mal la connaître que de penser qu’elle abandonnerait si facilement et pourtant Tybalt est bien placé pour le savoir. Il se laisse quand même surprendre par l’ardeur dont elle fait preuve parfois, lorsqu’elle lui prend la télécommande des mains.

Sérieusement? râle-t-il, avec un soupir agacé. On peut pas être en paix chez soi ? Contraint d’abandonner le canapé qui représentait un havre de paix, maintenant perturbé, Tybalt se lève et récupère la télécommande, l’éteint complètement. Satisfaite ?

Il ne sait pas dire pourquoi tout lui tape sur le système aujourd’hui; peut-être qu’il s’est simplement levé du pied gauche ou que l’agacement, la frustration et l’inquiétude de plusieurs semaines finissent enfin par peser un peu trop lourd et le faire craquer. Joe n’a rien demandé, au mauvais endroit, au mauvais moment, mais sa mauvaise humeur se déverse sur elle, la seule victime potentielle. Sa petite phrase est anodine, une petite pique comme ils s’en envoient souvent; habituellement, il aurait répondu avec un sourire qu’il était celui qui quittait les gens, pas l’inverse. Mais le sujet est sensible.

Ca te regarde pas, répond-t-il brusquement et sèchement.

Imitant le traitement qui lui est infligé par Boulette, Tybalt ignore superbement la blonde, retournant dans la cuisine pour se débarrasser définitivement de la vaisselle; un bon prétexte pour couper la conversation, s’éloigner de Joe et s’occuper le temps que celle-ci revienne à la charge. Il se doute bien qu’elle ne se contentera pas de ça— mais il préfère reculer le moment où il devra éventuellement parler, espérant que Jolene se lasse et abandonne avant.
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Dim 15 Oct - 17:15



bang bang
i hit the ground

Il y avait quelque chose qui n’allait pas. Très clairement, la mauvaise humeur suintait de tous les pores et de tous les mots de Tybalt. Joe avait pour coutume de composer avec ses ronchonnements et ses remarques peu agréables, mais aujourd’hui elle avait l’impression qu’il y avait une rancœur sous-jacente plus intérieure, un souci presque réel derrière cette apparente mine grincheuse.

En temps normal, peut-être, la blondinette aurait moins insisté et se serait montrée plus clémente. Aurait quitté l’appartement de son ex en haussant les épaules et en lui signant d’un doigt d’honneur amical qu’elle repasserait quand il n’aurait plus ses règles. Mais une partie de son inconscient cherchait à creuser. Elle voulait une explication sur cette aigreur et foi de Pearson, elle en aurait une. « Je suis là pour te faire chier, tu sais bien. » Justification naturelle et logique qui expliquait leur relation d’amis discordants. Que ça lui plaisait ou non, elle comptait faire comme si de rien n’était jusqu’à ce qu’il craque.

Une première faille apparut quand il se leva brusquement pour récupérer la télécommande d’un geste trop violent pour ne pas contenir là encore une charge émotionnelle inexpliquée, et couper définitivement la télévision. Les pupilles de Joe observèrent chaque mouvement avec attention, la jeune fille demeurant immobile les bras croisés sous la poitrine. « Oui, très. Merci infiniment. » Elle jouait de son ton mielleux avec lui, persuadée qu’il allait finir par décrocher un mot plus haut que l’autre et dire ce qu’il avait sur le cœur – à coup sûr, la montagne allait accoucher d’une souris. Il devait être excédé parce qu’il n’avait pas assez mangé la veille ou qu’il devait être de corvée de vaisselle.

Mais ce n’était pas aussi futile, non. Au moment précis où elle a évoqué Elle, il s’est crispé. Froissé comme une boulette de papier, il se ferma tout à coup et se réfugier dans l’évier où la compagnie des tasses à café sales et des assiettes encore pleines de miettes lui était visiblement préférée. Joe fronça les sourcils, pas certaine d’avoir visé très loin de la cible de tous ses problèmes du moment – mais elle n’a jamais vu Tybalt aussi contrarié pour quelqu’un d’autre et elle soupçonnait peu à peu que s’il y avait eu rupture, celle-ci avait du au moins se faire dans les cris et les insultes. « Quoi ? Ton égo de mâle en a pris un coup ? Ca va, tu t’en retrouveras une autre. » Elle reprit, une seconde de réflexion plus tard. « Quoique, non, en fait, y a peu de chances. Comment tu fais, sérieux ? C’est quoi ta recette de répulsif à petites amies ? » Elle peinait à ne pas être goguenarde ni moqueuse mais c’était compliqué. Et surtout, c’était en réalité bien pire que tout ce qu’elle pouvait concevoir dans son esprit habitué à de sages histoires de couples en crise.
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Dim 22 Oct - 9:37


Sun is coming up
oh, why, oh, why
Occupé à récurer de manière extrêmement poussée une assiette, déjà propre depuis quelques minutes, Tybalt serre les dents. Rien ne semble pouvoir détourner la blonde de son objectif, pas même sa mauvaise humeur, la manière dont il se renferme sur lui-même, ou encore comment il couvre le son de sa voix par le bruit de vaisselle qui s’entrechoque et de l’eau qui coule. Elle ne lâche pas l’affaire, Joe, avec ses remarques moqueuses comme ils s’en échangent des milliers. Tybalt est lassé — non pas de Joe, mais de garder une apparente nonchalance et prétendre que tout va bien. Rien ne va bien et à force de tout garder pour lui, il allait finir par exploser et vider son sac sur quelqu’un. Et c’est Joe, avec ses questions et ses petites remarques qui a amorcé la bombe.

Bon, t’as fini ? Il repose un peu brusquement une tasse propre, qui, par un heureux miracle, ne se brise pas en mille morceaux. T’es déçue parce que j’avais trouvé quelqu’un avec qui ça collait, contrairement à avec toi? Il hausse un peu la voix.

Une part de lui lui intime de ne pas mêler Joe à cette histoire — il y a déjà mêlé Milo, autorisant un quasi-inconnu à avoir un aperçu de sa vie privée, ce qui est déjà une grande chose pour Tybalt. Mais Joe est quand même une amie, malgré tout. Tiraillé entre deux extrêmes — tout dire, ou mettre Jolene à la porte sans plus d’histoire — il fixe Joe sans la voir ; la bombe est déjà déclenchée, il ne s’agit que d’une histoire de minutes avant que Tybalt ne s’autorise réellement à céder.

Qu’est-ce qui cloche? Je vais te dire. Elle a disparue. Elle m’a pas largué, non, ça aurait été plus simple, j’aurais presque préféré en fait. Mais non. Dis-pa-rue, enlevée, ou je sais pas quelle autre connerie du genre. Et tu sais quoi? La police s’en fout. Sa famille pense que c’est moi. Je me retrouve à mêner l’enquête avec un espèce de libraire super bizarre et toi, tu viens me faire chier ici. Voilà, tu sais tout, contente? Tu peux arrêter de raconter des conneries maintenant? balance-t-il d’une traite, sans reprendre son souffle un instant.

S’en suit un blanc, où Tybalt laisse Joe prendre conscience des informations qu’il vient de lui sortir, sans ménagement. Il regrette déjà ses paroles, tourne le dos à Joe pour faire face à la machine à café, brusquement trop absorbé par la préparation d’une énième tasse pour dire quoi que ce soit.
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Dim 22 Oct - 13:58



bang bang
i hit the ground

« Pardon ? » Là, il y allait fort. Son humeur de chien commençait à énerver Boulette qui aboya à son tour pour participer à la conversation houleuse. « Mais bien sûr, je crève de jalousie, c’est évident ! » La blonde aurait pu ponctuer sa phrase chargée d’ironie par un rire tout aussi sardonique mais Tybalt ne lui accorda aucun moment de répit. Et alors qu’elle s’attendait à ce qu’il l’envoie chier une énième fois et qu’elle reparte à l’assaut, ce coup-ci, les choses prirent une tournure complètement inédite.

Joe et lui s’étaient souvent disputés. Que ce fut à l’époque où ils sortaient ensemble ou quand ils étaient en période post-rupture, ou même bien après, dès lors qu’ils discutaient d’un sujet qui lui tenait trop à cœur, les éclats de voix n’étaient pas atypiques dans leur relation singulière. Mais des engueulades de ce genre, il n’y en avait jamais eu ou peut-être une fois tout au plus. A l’écouter parler ainsi, à le voir à bout de nerfs et visiblement craquer – le mot était le plus proche de ce qu’elle aurait pu décrire -, une petite voix en elle lui conseillait d’encaisser la rafale de la tornade dont elle était à l’origine. Jolene finirait tôt ou tard par trouver le nœud de ses contrariétés – Elle, Elle mais pas seulement. Son cœur fit un léger plongeon dans sa poitrine, persuadée qu’elle avait mal compris. « Attends. » Mécaniquement, elle répéta le mot sans l’intégrer tout à fait. « Disparu ? Mais - » Tout s’expliquait, brusquement la lumière était faite sur ces dernières semaines étrangement calmes et silencieuses pour son ex. Absent du paysage des bars de la ville, effacé des soirées, répondant à peine ou pas du tout aux textos par intermittences. A cela s’ajoutait la fatigue morale qui pesait sur ses traits ; le pauvre nageait, se débattant en plein cauchemar et n’avait même jamais pensé à vider son sac. Elle ne jugeait pas sa façon de gérer un tel problème, Joe n’était pas sûre qu’elle aurait fait beaucoup mieux – la preuve avec la Ghoul gist. Néanmoins maintenant, elle savait, et elle ne pouvait pas ignorer la détresse qui émanait de son ami. Sa petite copine avait mystérieusement quitté sa vie et personne ne savait ce qu’il lui était arrivé. Pour qui, pourquoi, comment, voilà tout ce qu’elle laissait derrière elle : une traînée d’incertitudes qu’il ne pourrait jamais être sûr de résoudre.

La jeune femme s’approcha doucement du brun pour poser doucement sa main sur son dos. Simple contact pour marquer son soutien et ses regrets sincères, elle qui n’avait rien vu venir mais qui n’avait jamais eu aucun moyen de prévoir tout ceci. « J’suis désolée Tybalt. » finit-elle par dire le plus platement du monde. Elle lui laisse quelques secondes à son tour pour se ressaisir et comprendre qu’elle n’est pas l’ennemie avant de reprendre, toujours très calme et autrement sérieuse – les fois où elle lui avait parlé de cette manière se comptaient sur les doigts d’une main. « Ca fait combien de temps que tu l’as pas vue ? » se risqua à demander la jeune fille, prête à rebrousser automatiquement chemin dans le cas où la goule n’était pas prête à aller plus loin dans le sujet.

Sa mémoire lui rappela quelques bribes que Tybalt avait nerveusement lâchés dans le flot de ses paroles. « Et comment ça, un espèce de libraire bizarre qui t’aide ? Pourquoi est-ce que la police ne fait rien ? C’est débile, tu ferais pas de mal à une mouche, ils peuvent pas t’accuser de quoi que ce soit, ils ont pas de preuve et tu n’as rien à te reprocher. » Joe ne lui disait pas ça pour lui faire plaisir, au contraire elle croyait très fortement à l’innocence de son ami. Pas besoin qu’il lui raconte ce qu’il avait fait de ses dernières journées, elle le connaissait trop pour le représenter en sociopathe prêt à s’en prendre à une fille qu’il aimait – ça, c’était clair comme de l’eau de roche et c’était ce qui rendait cette théorie surréaliste.
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Lun 23 Oct - 18:00


Sun is coming up
oh, why, oh, why
La colère retombe — après tout, Joe n’est pas la coupable; d’ailleurs, il n’en a toujours pas, de coupable sur qui déverser toute cette colère légitime — et laisse place à un vide d’émotions, le calme après la tempête. Il n’est pas triste, pas découragé et abattu, non. C’est le blanc dans son esprit, vidé de tout ce qu’il garde depuis des semaines et il se sent d’un coup épuisé. Une fois son sac vidé, les choses balancées sur le tapis, il se sent plus léger, débarrassé d’un poids dont il ne réalisait pas l’importance. Il ne songe même pas à repousser Joe qui s’approche de lui d’un air sincèrement désolé. Sans un mot, il se contente de placer la tasse sous la cafetière et de l’allumer pour faire couler le café. Il s’appuie contre le comptoir de la cuisine, observant les dalles du carrelage.

Trois semaines, six jours, déclare-t-il d’un ton affreusement monotone, dénué de tout sentiment, toute expression. Trois semaines, six jours, presque un mois à présent — il repense à ces annonces dans les supermarchés et combien les gens se désintéressent aux disparus de plus qu’un mois. Il imagine facilement la photo d’Elle parmi celles-là; la pensée est encore plus déprimante.

La machine à café crachote le liquide sombre de manière bruyante, venant interrompre la conversation et offrant à Tybalt une distraction de quelques secondes. Il attrape la tasse pour s’occuper les mains plus qu’autre chose. D’un coup, la pression semble être totalement retombé et la conversation lui vient plus aisément. Les mots coulent avec une facilité déconcertante, à croire qu’il en réalité facile de se confier et il en vient à se demander pourquoi il ne l’a pas fait plus tôt. Il n’a plus rien à cacher à Joe, et il n’hésite plus à parler.

Le libraire… Laisse tomber, c’est une longue histoire et pas très important, soupire-t-il, pas vraiment d’humeur de parler de Milo. Il lâche un rire sinistre. Pourquoi la police fait rien? Parce que y’a aucun indice, rien. Elle pourrait juste s’être barré du jour au lendemain, on sait pas. Il prend une gorgée de café. Joe, réfléchis deux secondes. Evidemment que le premier qu’on soupçonne, c’est la goule, tu croyais quoi? On est pas chez les bisounours. Mais je m’en fous de ça. L’opinion de la famille d’Elle est bien le cadet de ses soucis — ils n’ont bien sûr pas de preuves et Tybalt se sait innocent et sa conscience est tranquille.

Il suffit de balancer tout ça à Joe pour faire le portrait peu joyeux de sa vie actuelle: alors qu’il y a quelques mois, il avait une copine, des projets, une vie calme et posée, tout ça a volé en éclats du jour au lendemain pour laisser place à un espèce de chaos sans queue ni tête. Il pousse un soupir et passe une main sur son visage pour chasser de ses traits la fatigue.

Enfin, tu vois, y’a rien à faire. finit-il par dire, comme pour conclure. Quoi que Joe dise ou fasse, elle ne pourrait sûrement rien changer à la situation, et Tybalt non plus. Il semble voué à attendre que les choses passent, sans savoir combien de temps cela peut prendre.
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Mer 25 Oct - 17:24



bang bang
i hit the ground

Vingt-deux jours que Tybalt n’avait plus entendu le son de la voix ou vu le visage d’Elle. L’amertume qui le rongeait prenait tout son sens. Joe ne prétendrait pas qu’elle comprenait ce qu’il vivait ; ça ne lui était jamais arrivé. Se mettre à sa place n’était sûrement pas possible mais l’empathie qu’elle éprouvait pour lui relevait plutôt de l’envie brûlante de lui fournir tout son soutien, de lui prouver avec toute la meilleure volonté du monde qu’ils finiraient par la retrouver. Même si tout ceci relevait de l’utopie, même si les chiffres étaient contre eux que l’on prétendait trop souvent qu’un porté disparu n’avait presque aucune chance de revenir après un mois d’absence.

Jolene n’eut pas le cœur à insister pour en savoir plus concernant le curieux libraire qui aidait Tybalt dans sa quête. Tant qu’il était entouré, quelque part, c’était le principal. La blonde aurait aimé lui assurer avec toute la bonne foi du monde que les autorités auraient fait un bien meilleur travail et auraient rapidement des pistes sur la localisation d’Elle, mais à l’heure actuelle dire cela revenait clairement à lui mentir droit dans les yeux. Pour le reste, la jeune fille n’en acceptait pour autant pas le défaitisme de son ami. Et la blonde de s’insurger, secouant la tête en signe de profonde dénégation. « Qu’est-ce que ça change, goule ou pas ? Des psychopathes humanoïdes y en a à la pelle ! » La criminalité n’avait pas vu le jour avec l’apparition des premières goules, loin de là. La police ne pouvait pas être corrompue au point d’accuser directement la minorité sans enquêter, ça, Joe en était intimement et naïvement convaincue.

Au-delà des menaces qui pesaient par l’investigation officielle, subsistait l’opinion des parents de la rouquine qui répondait aux abonnés absents. Nombreux étaient les individus qui se réfugiaient dans la facilité et préféraient voir le petit ami, de surcroît doté d’un patrimoine génétique jouant peu en sa faveur, comme l’élément perturbateur. La faute à un besoin vital de vérité et à la peur de perdre à tout jamais leur enfant. Aucune de ces raisons n’excusait leurs verdicts hâtifs teintés de racisme, mais ces gens ne seraient pas les premiers ni les derniers à tomber dans ce versant par faiblesse d’esprit.

Et Tybalt pouvait bien prétendre que ça ne lui faisait n chaud ni froid, l’étudiante n’en était pas forcément tout à fait sûre. Au fond, s’il espérait un avenir avec Elle, il faudrait bien que sa belle-famille l’accepte et il aurait sûrement rêvé d’autres circonstances pour une rencontre avec eux. « Si tu crois ce que tu dis, alors oui, on s’en fout complètement de ce qu’ils pensent. T’as pas à prouver ton innocence à des gens qui vont te juger pour ta condition. » lui assura t-elle d’un ton plus doux avant de s’appuyer contre le comptoir de la cuisine, l’empreinte tiède de sa main quittant finalement le jeune homme.

Elle regarda face à elle pendant quelques secondes avant de déclarer, le plus placidement possible. « Tant qu’ils ne l’ont pas retrouvée, il faut pas perdre espoir, d’accord ? » Son regard pivota à nouveau vers le jeune Monroe pour lui suggérer quelques conseils dont il ferait bien ce qu’il voulait – Joe commençait assez à le connaître là-dessus pour ne rien lui dire qui relèverait de l’impératif. « Je sais que je suis mal placée pour te dire ça mais c’est pas en te morfondant sur toi-même qu’elle reviendra. Et quand elle reviendra, je doute qu’elle ait envie de retrouver un zombie en guise de petit ami. »
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Dim 29 Oct - 11:05


Sun is coming up
oh, why, oh, why

L’indignation naïve de Joe est, comme souvent, à la fois touchante et un brin agaçante. Touchante, car malgré tout, Joe continue de s'accrocher à un idéal là où Tybalt a choisi d’être pessimiste; cet engagement fait presque chaud au coeur et parviendrait presque à le convaincre que tout n’est pas perdu tant qu’il existe des gens comme elle. Agaçante, car pour lui c’est se leurrer dans sa vision des choses et ne pas voir la réalité. Mais il n’est pas d’humeur à argumenter sur ça et se contente d’afficher un tout petit sourire qui disparaît rapidement derrière sa tasse de café.

Qu’est-ce que les goules feraient sans toi pour les défendre, Joe, je me demande, ironise-t-il. Sa manière à lui d’apprécier son refus de rester les bras croisés. Il a beau trouvé cela parfois stupide, à cet instant, c’est plus réconfortant que ce qu’il ne veut admettre.

Son statut de goule a toujours fait débat dans la famille d’Elle — il se souvient parfaitement quand elle l’avait annoncé à sa famille la toute première fois et qu’elle avait débarqué dans son appartement après le repas de famille catastrophique, en colère et déçue. Ils ne comprennent pas et ne veulent pas comprendre en avait déjà conclu Tybalt à ce moment là. Et lors de la disparition d’Elle, des mois après cette entrevue, après plusieurs efforts de la part de Tybalt pour leur prouver que leur méfiance et animosité étaient injustifiés, ils en sont toujours au même stade. Mais il y a longtemps que Tybalt a décidé d’arrêter de se soucier de choses comme ça, tant qu’il peut vivre sa vie dans son coin, avec Elle notamment. Il remplit une deuxième tasse du café encore chaud, qu’il tend à Joe sans lui demander — il sait qu’elle boit presque autant de café que lui, la question ne se pose même pas.

De toute façon je ne suis pas un suspect vu qu’il n’y a pas d’enquête. C’est un point positif. Mais il n’y a aucune trace de positivité dans le discours de Tybalt. Le positif ne pèse pas vraiment dans la balance face à tout le reste.

Ne pas perdre espoir semble plus facile à dire qu’à faire bien entendu. Si seulement il suffisait de prononcer ces mots magiques pour que l’espoir ne foute pas le camp, Tybalt les aurait déjà dit depuis longtemps. Il connaît trop bien les probabilités à présent pour ne pas croire que seul l’espoir pourrait faire quoi que ce soit. Joe veut bien faire, ça ne fait aucun doute — il ne peut pas le nier que son amie cherche juste à le réconforter et lui apporter le soutien dont il a besoin, mais Tybalt grince un peu des dents alors que surgissent des restes d’agacement encore un peu présent.

Mais quelle bonne idée. C’est vrai j’y avais pas pensé! Voilà enfin la solution à tout mes problèmes, il suffit juste de ne pas se morfondre! fait-il sans aucun sourire, froidement. Il fixe Joe avant de soupirer. Désolé, marmonne-t-il de manière à peine audible. Je sais que ça part d’une bonne intention, mais… Il laisse sa phrase en suspens, sans savoir comment la terminer. Je vais aller promener Boulette, annonce-t-il après un silence, de but en blanc. Tu viens avec moi ou tu restes ici toute la journée?

Non pas que Boulette ai réellement besoin de sortir immédiatement — il s’agit plus qu’une excuse pour prendre l’air et échappé à l’atmosphère un peu trop lourde et pesante qui règne dans l’appartement. De plus, il s’agit de faire un effort et se bouger plutôt que de, comme Joe le dit si bien, rester ici à se morfondre.
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Lun 6 Nov - 18:05



bang bang
i hit the ground

En dépit de son statut de goule recensée, Tybalt se moquait facilement de ses élans de bonté inégaux et souvent excessifs envers leur cause. Joe ne s’en vexait jamais – elle n’avait pas besoin de l’opinion, même des siens, pour défendre quoi que ce soit. « Pas grand-chose, j’imagine que c’est ce que je devrais dire. » Elle sourit, prête à dédramatiser la chose et à lui changer les idées, parce qu’elle n’aimait pas le voir dans cet état de latence défaitiste.

Ses doigts se saisirent de la tasse de café qu’elle porta à ses lèvres. Sur un propos plus terre à terre, Monroe gagnait des points : tant qu’ils ne se mettaient pas à enquêter sur lui ou à fouiller ses faits et gestes, il n’avait rien à craindre – sauf si la CCG faisait ses coups en douce. Impossible de prédire les actes des organisations qui régissaient l’existence de milliers de gens. Il ne leur restait plus qu’à croiser les doigts et prier benoîtement pour qu’Elle refasse surface comme si de rien n’était. Autant dire que cela revenait à croire à l’existence du Père Noël et si Joe reconnaissait aisément qu’elle versait bien trop souvent dans l’utopie, là, même elle admettait que cette happy end s’avérait compliquée à envisager. Elle ne pouvait pas mettre de côté l’esprit cartésien de ces chiffres et de ces probabilités qui annonçaient souvent que passé un certain temps, les disparitions se terminaient rarement bien.

Son agacement était compréhensible et Joe ne pouvait qu’imaginer à quel point sa réaction aurait été similaire à la sienne si elle avait été à sa place. Aussi se contenta t-elle d’hausser vaguement les épaules, ne se formalisant guère de la pique involontaire du jeune homme. Il avait été touché, elle ne pouvait pas lui reprocher d'être à vif. « C’est rien. » Le café lui réchauffa les entrailles tandis qu’elle alla jusqu’à commenter d’un ton un brin désabusé. « Tu sais, je me suis pas lancée dans des études de psycho pour au moins une ou deux bonnes raisons. » Les plaies du corps lui paraissaient infiniment plus simples à soigner ou à soulager que les peines du mental. Les blessures, les ecchymoses, les maladies ; toutes ces choses répondaient à une logique, à des liens de causes à effets, à des mécanismes prévisibles sinon prédictibles dans la plupart des cas. Quand il s’agissait de folie ou de psychose, les armes n’étaient plus les mêmes et la blonde reconnaissait volontiers ne s’être jamais sentie l’âme d’une spécialiste de l’écoute et du surmoi.

Pour autant, être ami avec quelqu’un ne nécessitait pas des talents en termes de psychanalyse, uniquement un peu de bon sens et d’empathie. La proposition de Tybalt sonnait comme une main tendue pour être soutenu et il ne fallut même pas trois secondes à l’étudiante pour approuver et vider le restant de sa tasse de café d’un trait. « Je viens avec toi. » Le mug atterrit dans un bruit sourd dans le fond de l’évier et la blonde se redressa pour se rapprocher du bichon, son ouïe fine et son esprit un brin égocentrique lui ayant bien évidemment déjà fait comprendre que l’on parlait d’elle. « Je pense qu’elle va être contente de voir un peu l’air du dehors ! » Un jappement plus tard, la confirmation du canidé venait les pousser à se dépêcher.

Cinq minutes à peine après avoir connu l’étouffante et anormale lourdeur silencieuse de l’appartement de Monroe, ils redécouvraient l’animation urbaine et les va-et-vient de la foule – on eut dit que Boulette venait d’entrer dans un parc d’attractions pour chiens. Les premiers mètres qu’ils firent ne restèrent pas bien longtemps dénués de paroles puisque la jeune fille prit l’initiative de reprendre la discussion là où ils s’étaient implicitement arrêtés. « Pourquoi tu m’en as pas parlé plus tôt, Tybalt ? » Ajouter un « j’aurais pu t’aider » lui paraissait partiellement erroné.
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Lun 13 Nov - 17:17


Sun is coming up
oh, why, oh, why
Au moins, Joe ne prend pas la mouche. C’est déjà une bonne chose, car la dernière chose qu’il souhaite, c’est de se lancer dans une engueulade risquant de rappeler aux voisins de mauvais souvenirs. Il fixe le fond de sa tasse presque vide à présent, réfléchissant un peu avant de parler — histoire d’être un peu moins brutal et froid.

On a évité un massacre, alors. Tu serais carrément nulle comme psy. dit-il d’un ton beaucoup plus léger, presque rieur. Malgré tout ce qu’il peut dire et prétendre, avoir Joe comme amie dans des instants pareils n’a pas de prix. Leur relation amoureuse n’a peut-être pas fonctionné, la faute à leur deux caractères, mais l’amitié qui s’est formée suite à ça vaut bien le désastre qu’était leur couple.

Il ne faut pas plus que la simple mention de son prénom pour voir débarquer la boule blanche, qui ne se fait pas prier pour une petite sortie de plus dans la journée. Tybalt lui offre quelques gratouilles sur le haut du crâne pendant que Joe termine sa tasse. Joyeuse, elle repart dans un tour festif de l’appartement, rapportant déjà la laisse à son maître, impatiente. Inutile de la faire attendre plus longtemps — d’un geste, il attrape ladite laisse, de l’autre, prend la petite boule de poils sous son bras. Capricieuse, cette dernière refuse d’effectuer une tâche aussi ingrate que de descendre les escaliers elle-même, Tybalt l’ayant très tôt mal habituée. Ravie qu’il lui apporte toute l’attention due, elle jappe joyeusement lorsqu’ils descendent et s’éloignent de l’atmosphère déprimante de l’appartement.

L’air le réveille un peu, le sort de son état catatonique. Détroit continue visiblement de tourner, imperturbable, inconsciente des états d’âme de ses habitants. Les gens vont et viennent, ne prêtent pas vraiment attention à eux. Joe, elle, ne compte pas laisser la conversation en suspens.

Pourquoi? répète Tybalt, les yeux dans le vague. Pourquoi, oui — il aurait suffit d’en parler, à la seconde où Elle avait disparue, partageant ainsi son fardeau avec Joe pour en alléger le poids. Qui sait, Joe aurait même proposé de l’aider dans son plan insensé, celui de la retrouver lui-même, et Dieu sait dans quoi ils se seraient lancés. Malgré ce que l’on peut croire, Tybalt n’aime pas se plaindre aux autres, ou du moins, pas de choses réellement importantes. Chacun ses problèmes: sa règle principale, parfois trop bien respectée. Il hausse les épaules. Je sais pas, avoue-t-il, j’avais pas vraiment envie d’en parler. Enfin, c’est compliqué d’en parler.

“Compliqué” c’est le mot. Il y a des choses qui ne sont pas facile à dire, le moment n’est jamais l’idéal; mais existe-t-il en fait un moment “idéal” pour annoncer que sa petite amie à disparue? Même si l’idée lui était venu plus tôt d’en parler, trouver les mots pour aborder les sujets auraient été une prise de tête supplémentaire. Ce n’est pas contre Joe — il sait que s’il peut se confier à quelqu’un, c’est bien à elle. Il baisse les yeux pour suivre Boulette du regard, qui gambade joyeusement quelques mètres devant eux.

Puis on a tous des trucs qu’on se dit pas. Parce que c’est pas le moment ou juste parce que, j’sais pas, on veux pas en parler c’est tout. Ca arrive à tout le monde. ajoute-t-il.
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Jeu 16 Nov - 18:17



bang bang
i hit the ground

Ils descendirent, Boulette en tête de cortège et lorsqu’ils se retrouvèrent au-dehors, la réalité les rattrapa rapidement. Le bruit, le souffle des passants et des taxis qui se faufilent dans les rues, les odeurs et les couleurs. Bizarrement, Joe avait l’impression que ce court instant passé dans l’appartement de Tybalt avait pris des airs d’isolement dans un cocon ouaté d’où elle venait d’être brusquement extirpée. Cette sortie aurait au moins un effet d’électrochoc sur le dog-sitter.

Le caniche paradait autour d’eux, visiblement ravi de pouvoir montrer sa frimousse aux marcheurs. L’animal de compagnie était bien le seul en quête de l’approbation, sinon de l’attention des autres. La goule et l’humaine, eux, semblaient toujours aussi absorbés par leur discussion que Joe refusait d’avorter et plongés dans une bulle qui ne concernait qu’eux, ils s’étaient remis à marcher sans rien échanger sur la destination finale. Après tout, peu importait le but tant que le moyen servait à délier les langues et atténuer les peines.

Elle aurait voulu en savoir plus sur les circonstances de la disparition de la jolie rousse qui était entrée dans la vie de Monroe et qu’on lui avait arrachée sans prévenir. Quelque part, elle aussi avait envie d’aider, de donner des pistes, de servir à quelque chose plutôt que de ne faire qu’asséner des « je comprends » et des regards pleins de compassion. Mais Tybalt devait en avoir assez soupé de ces questions toutes identiques, de répéter les mêmes rengaines de détails qui lui secouaient sûrement le cœur et ravivaient la plaie à peine cicatrisée. C’était très certainement le pire moyen d’apaiser les choses pour lui, alors Joe s’abstint. Quand il aurait envie, il lui dirait. D’ailleurs, elle le laissait parler à sa guise, se contenta même de simplement hocher la tête sans rien objecter. A sa place, Joe n’aurait pas fait différemment – résoudre les problèmes seule et n’en parler à personne, sa spécialité.

On a tous des trucs qu’on se dit pas. Son pas aurait pu ralentir pendant un millième de seconde, la lueur de son regard aurait pu vaciller ou un rire nerveux aurait aisément franchi ses lèvres. Là, seul son cœur s’alourdit dans un battement un peu plus fort et douloureux – la culpabilité, sans doute, de ne pas être aussi honnête que lui l’était en ce moment avec elle. « Possible. » Joe ne tenait pas à avoir l’air évasive mais mine de rien, cette phrase lancée au hasard la touchait bien plus qu’elle ne l’aurait du. Sans le savoir, Tybalt mettait le doigt sur une faille mais il avait bien assez à gérer pour qu’elle l’ennuie avec ses histoires personnelles – qui commençaient d’ailleurs à se faire un peu trop nombreuses. « En tout cas si tu veux en discuter un jour … Enfin, tu sais que je suis là, quoi. » C’était étrange de lui parler ainsi, et d’ailleurs ce devait être une des premières fois qu’ils avaient un échange aussi calme et sérieux. Non pas qu’ils passaient leur temps à rire et à raconter des âneries mais à vrai dire, ni l’un ni l’autre n’étaient doués pour ce genre de déclarations solennelles – ce qui n’empêchait pas la confiance d’exister entre eux.

Il fallut encore une poignée de mètres franchis pour que la blonde accouche d’une accroche optimiste – c’était en tout cas l’objectif. « J’espère qu’ils vont la retrouver. » Comme si à force de le dire et de le répéter, le miracle se concrétiserait : à ce stade, en effet, parler de miracle n’était pas si anodin. Les chances de retrouver Elle s’amenuisaient logiquement de jour en jour. « Mais fais attention à toi quand même, ok ? Je sais pas ce que tu traficotes avec ton vendeur de livres et je veux pas le savoir, mais te mets pas dans la merde non plus. » Toi non plus, t’as pas intérêt à disparaître, qu’elle avait presque l’air de dire.
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